ARCRIDE LE BAOBAB
C’est le roi de la brousse. Il est grand, fort, majestueux. Ses branches longues comme des doigts de sorcière et s’étirent le plus possible pour délimiter son territoire. Il semble dire « Ceci m’appartient » et aucune autre espèce se risquerait à s’implanter dans son périmètre car à la belle saison, ils savent bien que ARCRIDE sort ses munitions et distribue des « pains » à la volée.
Pourtant, il est doux, si son écorce est dure, l’intérieur est vide, vide de méchanceté, et même il est fragile, …. Si fragile.
A la fin de l’hivernage, comme à l’accoutumée, les hommes de la brousse nous ont inspectés à l’affut de quelques parasites. Ils sont restés longtemps devant Arcride. Je voyais bien qu’ils étaient inquiets. Ils ont fait le tour, tout en collant leur oreille à son écorce … ils parlaient entre eux, entre les écoutes, j’ai eu soudain l’impression que c’était grave. Comme ils étaient derrière lui, Arcride ne voyait pas leur mine déconfite, mais moi oui… pourtant comme Arcride était en face de moi, je ne devais montrer aucun signe d’inquiétude, alors comme j’avais encore de la sève, je m’évertuais, pour le rassurer, à faire sortir les dernières feuilles de l’année, les plus vertes, les plus luisantes. Ca l’a rassuré.
Plus tard, les hommes sont revenus, Arcride se demandait bien pourquoi ils avaient des appareils bizarres que les hommes mettent devant leurs yeux et qui font des bruits secs et rapides… Clic, Clac… Clic, Clac. Ils n’ont pas arrêté de tourner autour, tout en jouant de leur instrument. Arcride amusé, se gaussait de tant d’attention, il me regardait avec un air bizarre du genre « tu vois moi je les intéresse !!! » Je m’amusais aussi mais quand je voyais ces hommes le palper, l’écouter encore, je me doutais que ce n’était pas pour être à la Une de journaux dédiés à la nature mais que ces photos ou images étaient destinées à des laboratoires spécialisés dans les Baobabs.
Dès lors ils revinrent de plus en plus souvent. Arcride commençait à s’énerver et balançait avec véhémence des pains qui, même s’ils atteignaient les intrus, ne les empêchaient pas de faire leur travail. Ils arrachèrent un morceau d’écorce du haut sous les branches d’Arcride.
Arcride devint triste, il avait mal… saleté de parasite. Les hommes mirent un pansement sur le trou laissé béant, et pour que la sève circule mieux, ils ont planté des tuyaux dans Arcride. Ca lui faisait mal très mal , il devint terne, plus de feuilles, plus de fruits, il pleura par trop de souffrance. Les hommes sont si cruels, leur travail parfois mal fait, les tuyaux, les pansements, les pommades tout devait soulager Arcride et pourtant il souffrait. Je le connaissais depuis si longtemps que je savais ses humeurs, ses joies ses tristesses.
Pendant la saison sèche, mon Arcride a replié ses branches comme pour dire je ne suis plus le roi de la brousse, je ne sers plus à rien, je veux dormir, je ne veux plus de sève, je veux mourir.
Comme un souffle nouveau et devant ce spectacle navrant et triste, je pris sur moi de le ramener à la vie. Comme on m’avait appris, chaque jour je poussais sur mes racines qui étaient amies avec les siennes et au fur et à mesure, à force de se pousser, nos racines se greffèrent les unes aux autres. Nous ne formions plus qu’un. Cela me permit de partager ma sève et de lui donner des forces.
D’ailleurs au fil des mois, les hommes avaient de meilleures mines et mon Baobab aussi.
Ils ont enlevé les tuyaux en plein hivernage, ouf Arcride respirait mieux et son bois se teint d’une belle couleur beige.
Il fit sa toilette, récupéra sa splendeur des temps anciens, déploya à nouveau ses branches. Et ce fut la joie dans la brousse, il plut, nos feuilles s’entremêlèrent, nos fruits commencèrent à pousser, tout était tranquille dans la savane. Au loin on entendait le doux ressac des vagues, quelques singes nous grimpaient dessus, les oiseaux migraient, tous partaient vers le sud, encore plus au sud, certains même traversaient les océans pour aller visiter les contrées lointaines. Je regardais avec nostalgie partir au loin certains d’entre eux que je logeais souvent sur mes branches au temps de la belle saison.
La brousse s’endormait sans bruit seuls les singes nous réveillaient. Quelle tranquillité.
Arcride fatigué par tout ce qui lui était arrivé se reposait et essayait tant bien que mal de revenir au meilleure de sa forme. Je veille toujours sur lui, je le remue un peu de temps en temps, ce parasite est épuisant, il s’endort puis parfois se réveille.
Espérons qu’il s’endorme à jamais….
EPILOGUE
Après de longs mois, le parasite est revenu de plus belle, il a envahit tout l’intérieur d’Arcride, j’ai vu ces branches se fanées petit à petit, et … un jour, à l’aube vers 6 heures du matin, lorsqu’au loin pointe le soleil, Arcride s’est endormi à jamais. Je suis restée seule sans rien pouvoir faire, de loin j’ai pleuré, pleuré, j’ai appelé, je l’ai appelé mais c’était fini, il était mort.
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mes petites histoires
laisse parler ton coeur
mercredi 30 mars 2011
dimanche 13 mars 2011
UN MAUDIT POINT
Un petit point, juste un petit point. C’est rien un petit point, ça termine une phrase, ça en appelle une autre. Un petit point au bout de l’horizon, c’est peut être un homme, ce petit point.
Un petit point, puis 2, puis 3…. Comme des points de suspensions…. Des points qui suspendent notre vie.
Et puis un point d’interrogation ? quoi ? qui ? pourquoi ? pourquoi moi ? pourquoi lui ? qui ramène au point de suspension et attend une réponse.
Non ce n’est rien qu’un petit point là en haut à droite. Point final alors ? ah non pas vraiment, faisons une photo du petit point ouvrons l’horizon pour voir ce que c’est que ce petit point. Ah, je ne vois rien…. Découpons l’horizon et regardons…. Drôle de petit point, il est tout bizarre, il n’est pas tout à fait rond, pas carré non plus, mais pas comme il faut… Comme un petit point trop appuyé il déborde, il coule sur les bords, nous allons prendre une gomme, on va l’effacé. Tant pis on mettra une virgule.
Mais la virgule n’arrête pas les phrases, elle sépare deux phrases. Alors on brule, et on brûle et on brûle encore. Et il n’y a plus rien, oui plus rien… plus de virgule, plus de point….
Le temps avec ses points de suspension…… nous laisse du répit, ouf….
….
Dans le RER qui me ramène comme chaque jour à la maison, j’écoute sur mon portable Mistral gagnant de Renaud, cette chanson me rappelle mon enfance, la rue Dagobert à Clichy, la boutique Rose où nous allions chercher les mistrals gagnants, forcément gagnants, puisque nous nous cachions derrière une très grande de notre classe qui demandait des bonbons à 1 francs… donc on avait tout loisir de chercher les gagnants, on prenait des roudoudous qui nous niquaient les dents et des coco boer… etc, donc je chante cette chanson que je connais par cœur. Le train dépasse Conflans fin d’oise et je sais que dans 3 minutes maxi je vais retrouver Neuville. Malgré ce soir d’hiver, il fait beau, le soleil brille, la nature est belle, je suis bien… Enfin un peu inquiète puisqu’Aref qui a une pneumonie depuis quelques jours, a fait une radio, dont je ne connais pas encore le résultat. Subitement la chanson s’interrompt et c’est Mimi mon Doc, mon Amie qui m’appelle dans le train. Tout de suite, tout de suite je sais qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, elle n’est pas du genre à m’appeler pour rien, elle est tellement prise par ses patients, donc si à 18 heures elle prend le temps de m’appeler ce n’est pas bon signe.
« Allo cricri, c’est Mimi » et là directement sans attendre je lui dis « c’est mauvais ? » je sais que tu ne m’appellerais pas si c’était bon. Elle est carastrophée Mimi, notre doc mais notre amie avant tout. Oui, me dit-elle il y a quelque chose sur la radio « UN POINT » un nodule une merde quoi. Je me retiens d’éclater en sanglots je ne veux pas me montrer en spectacle mais j’ai l’envie folle d’arrêter le train, de tirer le signal d’alarme mais non, le signal d’alarme je le tire mais dans ma tête, juste dans ma tête, elle vient de me percer le cerveau. Je la remercie de m’avoir prévenue, cela me permettra de me préparer avant de retrouver Aref.
Le train arrive en gare de Neuville, je sors, je m’assois sur le banc, je vois le train partir, plus personne à l’horizon, je regarde, et je hurle, je pleure, je suis mal tellement mal. Je n’arrête pas de penser et de me dire que d’un coup le soleil est plus terne, et l’impression grave que des nuages vont passer pendant longtemps sur notre vie.
Je rentre, Il n’est pas là, je m’inquiète, mais bizarrement je ne l’appelle pas, j’attends. Je ne veux pas mentir et faire comme si je ne sais pas, je préfère qu’il appelle et me le dise lui-même. C’est ce qu’il fait, il me dit y a un « truc à la radio, je viens de chez Mimi ». Je reste neutre et je lui dit ah bon qu’est-ce qu’on fait alors ? il me dit avoir rendez vous le lendemain pour un scan, tout aussi neutre je lui dis oui c’est normal au moins on saura s’il est seul ce « truc ». Pas bavard, et comme je le comprends, il raccroche. J’ai envie de tout casser, mais bon c’est pas la peine.
Le lendemain je décide d’aller travailler quand même pour ne pas l’affoler. Mais toute la journée j’attends, j’attends sont coup de fil et le scan confirme « un naudule + un ganglion » allez zou 2 pour le prix d’un.
Le vendredi, rendez-vous chez le pneumologue Docteur Pham douce comme un cœur, nous dit de ne pas nous inquiétez, mais prend l’avis de son homologue et revient en nous disant : il faut opérer d’urgence…. Aref dit « c’est un cancer dites le ». Elle dit qu’elle n’en sait rien mais qu’il vaut mieux l’enlever tout de suite pour être sur qu’il n’y a rien.
Nous sortons tous abasourdis de l’hopital, nous qui y étions allés avec le grand espoir que tout serait bon, on ne parle pas, on ne parle plus. Je ne sais pas quoi dire. Du coup comme pour dire que tout ira bien, j’appelle les enfants et on leur donne rendez-vous au restau. On passera une bonne soirée et on leur annonce qu’il faut opérer leur papa. Ils sont confiants car nous sommes positifs, tout ira bien…. On le sais.
Nous revenons à la maison, et retrouvons Aref. Sans attendre, je fais à manger. Enfin, on se parle, on essaye d’analyser cette nouveauté. Et surtout d’appréhender le mieux l’opération qu’il va subir
On va se coucher et je lui promets d’être toujours à ses côtés. Il sait combien je l’aime et je serais là.
Le lendemain, je pars le cœur à l’envers au travail. Il me faut annoncer la nouvelle à ma chef, je suis dans un nouveau service, et j’ai peur de la réaction. Mais bien au contraire, elle va tout de suite me dire les mots qui me délivrent : le travail passe après, la vie de ton mari est primordial, alors prends les jours qu’il faut, et vient travailler quand tu peux. Mon chef de département me confirmera par la suite ce qu’elle vient de me dire et j’avoue que je suis soulagée.
Mon amie Mb de toujours est là et je pleure dans ses bras. C’est un peu une grande sœur pour moi, on s’aime fort. Je suis retournée. Tous les autres viennent m’aider à reprendre mes esprits et me dire qu’ils seront également près de moi tout au long de ce parcours effrayant.
Au début mars, nous partons tous les deux pour la clinique du val d’or à st cloud. La chambre est belle, mais on nous dit bien qu’il passe juste la nuit ici, ensuite il sera transféré aux soins intensifs.
Je l’embrasse fort, et je pars 1 heure de route, j’ai le temps de cogiter.
Le lendemain, les enfants sont à la maison et on attend le résultat de l’opération. L’attente est longue et pénible, ce n’est que vers 18 heures qu’on apprend que tout va bien…Il est réveillé. Ouf.
Je pars le lendemain à la clinique du val d’or, et je me déguise en schroumphette, on ne plaisante pas dans ce service. Il est allongé entouré de machine. Je me rends compte que c’est la première fois de ma vie que je le vois dans un milieu hospitalier. Je le trouve très fatigué, les yeux hagards, globuleux, et bizarres, c’est la morphine. Je l’embrasse, je lui dis que ça va aller, que l’opération s’est bien passée, et il s’endort.
Je pars, arrivée en bas dans la voiture je m’effondre. C’est la première fois que nous allons être séparés sans le vouloir et j’ai beaucoup de mal. Je ne sais pas vivre sans lui. Il y a 1 heure de route donc faut que je me calme, mais c’est plus fort que moi, je pleure, je pleure de plus en plus. Je sors de la voiture et je marche un peu. Bordel c’est dur.
Quand je reviens, je vais manger avec mon frère et ma belle-sœur, heureusement que je les ai, si proches, si aimants. Tous les deux me rassurent et puis on parle d’autre chose, c’est mieux.
L’opération s’est bien passée, les jours suivants sont un calvaire pour Aref. Terrible, il ne souffre pas, mais est dans un état second, la morphine fait son effet.
La semaine d’après il est transféré chez nous. Il se repose, reprend un peu de force. Je suis si triste de le voir comme ça. Mais il se remet petit à petit, il commence à reprendre gout aux choses, à la vie, il va promener son chien. Nous avons rendez-vous au mois d’avril avec le pneumo.
Nous nous rendons chez la Pneumo, elle a les résultats de l’opération, et nous annonce la mauvaise très mauvaise nouvelle. C’est un cancer, avec ganglion. Il faut faire de la chimio. Je vois les jambes d’Aref trembler, je pose doucement ma main sur sa jambe. Je sors en prétextant une envie d’aller aux toilettes, je ferme la porte derrière moi et j’appelle Martine, personne d’autre, Martine. Je m’effondre, mais je lui dis que je dois y retourner. Je sèche mes yeux et me voilà dans le bureau. Je sens une ambiance glacée, alors je me mets à poser des questions dont je connais les réponses : comment se passent les chimios, quels sont les effets secondaires etc… mais je n’écoute pas les réponses du pneumo, je n’écoute rien, je m’en fou.
On est anéantis, une douche froide, un coup sur la tête, une grosse claque dans la figure, alors on repart tous les deux de l’hôpital et ne disons rien et de toute façon quoi dire … je roule, je roule, je ne dis rien Aref non plus, on ne trouve pas les mots lui comme moi on est dans le flou dans le néant, Nous devions aller faire les courses, les enfants nous attendent à la maison, il ne veut plus aller faire les courses, je lui demande de faire descendre les enfants pour qu’ils m’aident pour les courses.
Ils descendent, ils sont joyeux comme d’habitude, ils sont très complices, mais ils voient ma figure, je les emmène près de chez nous sur le parking du cimetière… bel endroit, franchement je me rends même pas compte de ce que je fais. Je coupe le moteur, et je leur annonce. Delphine s’effondre, David aussi. Il me prend dans ses bras et je pleure doucement. Puis en me ressaisissant, je leur dis il ne faut jamais pleurer devant lui. La vie continue, même si elle va être chamboulée, il faut continuer on n’a pas le choix. Je leur demande aussi de continuer à sortir, d’aller voir leurs amis, de ne rien changer. Je ne veux pas qu’ils soient coupés de leurs amis, ils vont en avoir besoin.
Nous allons faire les courses, mais je demande à voir Samuel le directeur d’Aref. Un amour de garçon, il nous reçoit dans son bureau et je lui annonce la triste nouvelle. Il est malheureux, triste, et m’assure de son entière disponibilité pour tout ce dont j’aurais besoin, par la suite je peux dire qu’il n’a pas manqué à sa promesse, j’ai trouvé en lui un ami très fidèle très honnête. Il me dit qu’il viendra voir Aref demain avec des croissants, ce qu’il fait. Mais je vois sur son visage, la tristesse et je mesure l’affection qu’il a pour lui. Il me dit qu’en aucun cas personne ne prendra la place d’Aref d’ici 2 ans. Ce qui me fait chaud au cœur tant je connais l’amour d’Aref pour son métier.
Nous redescendons dans le magasin et bien sur tous viennent aux nouvelles. Magnifique équipe que celle d’Atac. Ils sont très tristes, Rana le vendeur de vêtements, la boulangère de chez Paul et Laurent le vendeur de journaux, et les employées de la pharmacie qui nous connaissent depuis 16 ans maintenant, tous travaillent dans la galerie commerciale d’Atac.
Nouvelle étape, la chimio.
Quoi dire, sinon que le début n’est pas trop pénible, je continue à aller travailler, et comme il va bien, je suis rassurée. Nous sommes heureux et on goûte les bons moments passés ensemble. Dire que je vais bien, non car j’ai en tête que cela ne durera pas toujours.
A la première chimio, j’ai posé la question fatale à l’infirmière, combien de chance de survie à 1 an, 34% m’a-t-elle répondu. J’ai eu un choc, et puis j’ai pleuré. Et puis je me suis encore ressaisie, il faut continuer pas le choix, pas le temps de m’attendrir sur moi-même. Je serais présente à toutes les chimios, grâce à ma chef de div et à mon chef de département qui sont de tout cœur avec moi. Des personnes que je ne connaissais pas 3 mois avant et qui me soutiennent comme si il me connaissait depuis des années Merci Françoise, Merci M. Bergin. Grace à vous, j’ai pu être soulagée de tant de peur. Françoise, elle me conseille bien. Jacky dans mon bureau essaye de me faire rire, il y arrive et grâce à lui, les journées sont faciles.
Le soir, quand je rentre j’ai toujours la gorge nouée, mais on tient le bon bout. Au mois de juillet on n’ira pas en vacances, car on lui annonce qu’après la chimio, il y aura de la radiothérapie. Donc pas de vacances, mais je m’en fou l’important étant qu’il soit là. Il va de mieux en mieux, tout seul et tous les jours il ira à Argenteuil faire sa radiothérapie, et fin septembre, on lui annonce que tout va bien. Et qu’il est en rémission.
Alors vite on fait les valises et on se taille dare-dare en Tunisie.
Je me rends compte quand même qu’il est fatigué, et lorsqu’on nous propose de jouer à la pétanque, on dit ok. Mais lorsqu’il lance sa première boule, il hurle. …. Et là je me dis que ça ne va pas si bien que ça.
On part se promener, et puis je dis que je suis fatiguée comme ça, il va aller dormir. Dès qu’il dort, je reviens devant la piscine et j’ai une frayeur : et si tout n’était pas si bien que ça ? mais non, on nous l’a dit : tout va bien, en rémission donc pas d’affolement.
On rentre à paris, tout content avec pleins de cadeaux pour les gosses, et tous ceux qui m’entourent, des petites babioles, mais juste pour dire j’ai pensé à vous.
La semaine d’après, aref se plaint du côté droit. Le pneumo et mimi lui demande de faire un scan. On n’a pas peur tout va bien.
Le temps du scan je vais dehors, je supporte plus les salles d’attente et quand je reviens il est là. L’examen est fini. Je vois sa tête, grave. Je me dis « oh non !!!! non !!!), le radiologue nous dit de prendre rendez-vous le plus rapidement avec le pneumo.
Je l’appelle rendez-vous pris : le lendemain. Je flippe grave.
Dans le bureau du pneumo, Aref se plaint énormément de son côté droit. Le pneumo commence à nous dire que la situation n’est pas bonne…. Vlan dans les dents. J’ai de plus en plus peur, il nous annonce que le cancer s’est propagé non seulement à l’autre poumon mais aux reins. Je deviens livide. Je ne dis rien, Aref lui dit : je vais mourir. Il lui répond non, mais je ne peux plus vous guérir, je peux vous aider à vivre le plus longtemps possible… Tu parles charles, tu mens, tu mens, ça se voit. Je le hais ce con de docteur, je le hais. Je ne sais pas pourquoi je le hais, mais c’est comme ça. Il ne donne que de mauvaises nouvelles.
Aref reste à l’hôpital pour qu’on le soigne pour son mal. Je ressors et j’en veux au monde entier. Je vais à l’église de l’hôpital, et je l’engueule, lui là haut. Mais je ne comprends pas pourquoi les salauds meurent dans leur lit et qu’un mec comme Aref souffre, oui je t’en veux, toi Dieu, ton fils et tout le tintouin, je t’en veux. Je ne crois plus en rien, en personne. Heureusement qu’il y a de bonnes âmes à côté de moi qui y croient et qui vont mettre toutes leurs forces dans les prières, aussi bien chrétiennes que musulmanes.
Il rentre à la maison 3 jours plus tard, dans la nuit je m’aperçois qu’il dort assis sur son lit, je me lève, ça ne va pas il a mal, je lui donne de la morphine comme on me l’a dit mais rien n’y fait, je redonne de la morphine, mais il hurle, il a mal. Je m’en vais ailleurs, je ne supporte pas, il m’appelle, j’arrive, il n’en peut plus. J’ai envie de lui faire une piqure pour que tout s’arrête mais non, il faut que je l’aide, je le câline, je l’embrasse, comme un bébé, je le garde dans mes bras, mais rien n’y fait, il hurle, le lendemain j’appelle mimi, qui vient et ordonne sa ré hospitalisation. ET là, c’est la cata, ils le mettent dans un coma artificiel, mais il est tellement agité qu’ils l’attachent au lit. Il hurle toujours. Je sors de la chambre, j’en peux plus, j’en peux plus, et là je tombe, je vois plus rien, on me met dans une chambre, et on me drogue aussi. Les infirmières viennent avec moi, m’aider à me calmer. Elles sont douces et adorables, Aurélie Delphine zeinab, Sylvie, Emilie, Soizic, et les dames qui donnent les repas, Marie-Jo, je les aime tant, elles adorent aref, elles s’en occupent comme leur père, c’est le chouchou du service. Jamais elles ne seront fachées contre lui, et pourtant il en fait des bêtises, mais elles le connaissent bien.
Ce même jour, Delphine l’infirmière me dit j’ai appelé l’Imam, et là mon cœur part vers les chaussures, paf je replonge, mais je me tiens. Aurélie qui pourtant est là depuis 3 ans, pleure avec moi. L’Imam vient et prie pour lui.
On pense que tout est fini, même un interne m’appelle le matin pour me dire de venir, on arrive avec les enfants, on est début décembre et va rester dans cet état jusqu’à fin décembre.
Le 31 décembre, il sera avec moi à la maison, on fêtera le nouvel an pratiquement sans se regarder, un morceau de foie gras et un peu de saumon, il ne mange pratiquement plus rien. Il va se coucher mais vers minuit il se réveille j’en profite pour l’embrasser mais je ne peux pas lui dire « bonne année », non je ne peux pas, je pleure dans mon corps, car je sais je suis presque certaine que le prochain nouvel an, je serais seule.
Le 4 janvier, c’est la débâcle, on le soigne à la morphine, il redevient incohérent, me dit des trucs bizarres, je commence à baliser. J’appelle mimi, qui vient tout de suite et décide de le re hospitaliser encore.
Je sais plus où va nos vies, je suis toujours entre la maison, l’hopital, la maison, l’hopital. Je n’arrive plus à rien faire, la maison est dans un sale état. J’en peux plus.
Il se remet tout doucement et vers la fin janvier il part en maison de repos, mais tout va mieux au niveau de son psychisme. Seulement il a perdu 25 kg. Il décide de revenir à la maison.
Et voilà, depuis fin janvier, il est là, il ne dort plus dans le lit, il ne peut pas, il dort dans le salon sur le canapé, il tousse, il ne mange pas, je l’engueule, un kiné vient à domicile lui faire de la kiné respiratoire, à la première séance, il dit à Aref, si vous ne mangez pas, si vous ne respirez pas normalement, c’est très simple, vous allez mourir…. Electrochoc, aref se remet à manger, il est très maigre, il décide le lendemain de se bouger il va voir ses amis à atac, promène son chien, mais je vois bien qu’il n’en peut plus. Le moindre effort lui est pénible, il vit au ralentit, chaque geste est difficile.
Je lui fais des bons petits plats, je sais ce qu’il aime, donc je fais steak sur steak, frites, endives, pas de poisson il ne veut pas en entendre parler, tous les jours je me casse la tête pour faire des choses simples mais qu’il mange complètement, j’y arrive quand même. Il aime les gâteaux, vite je vais à la boulangerie, je lui prends tout ce qu’il aime.
Je craque, je n’en peux plus, je vois mon amour tout triste, je revois notre vie.
Grande décision
Je change de chambre et lui laisse notre chambre, il a besoin d’être seul, il me l’a dit. Donc je transfère mon lit aujourd’hui dans la chambre de delphine. Y a pas le choix, donc je le veux bien je veux qu’il soit tranquille. Je comprends.
Le jour de la St valentin, je vais faire des courses à Atac, Stéphanie me dit : tu sais Christiane à chaque st valentin il me demandait de choisir un beau bouquet pour toi, alors aujourd’hui achète toi un bouquet et il sera content. Je fais mes courses et je rentre.
Il dort dans le fauteuil mais quand je rentre, il se réveille je lui montre le bouquet et lui dit tiens pour une fois c’est moi qui t’offre ce bouquet. Il est triste, il ne réagit pas. Ca me fait tant de peine.
Je range les affaires, il ne parle presque plus, il se renferme sur lui-même, je le laisse, je sais qu’il préfère être seul.
Je fais à manger mais bien sûr il ne mange pas. Il a mal, très mal. Il souffre.
Mardi : je commence à souffrir de ma jambe, je sens la sciatique arriver. Mimi m’appelle et j’en profite pour lui parler de ma jambe, je peux plus me tenir debout, ni assise, je peux plus me baisser, ça me tire je souffre grave aussi. Mais bon, je ne me plains pas. Mimi me dit que le docteur Arassus lui a téléphoné pour demander des nouvelles d’Aref, mimi lui dit qu’il est faible, mais qu’il faudrait le re-hospitalisé pour voir ce qui se passe, je lui dis qu’il ne peut pratiquement plus respirer. J’ai vraiment peur.
Le soir même elle vient à la maison pour moi et Aref. J’ai une sciatique et je dois rester clouée au lit, c’est vrai que je n’en peux plus. Elle ausculte aref et trouve qu’il est très encombré. Elle me fait un bon pour l’ambulance. Il sera re hospitalisé jeudi.
Aujourd’hui vendredi, Aref a fait une radio des poumons. Le pneumo a appelé mimi pour lui donner son avis, le cancer a encore progressé et a envahi tous les poumons. Il n’a plus de globules rouges, donc il va lui faire une transfusion, ensuite il va traiter sa pneumonie et peut être il fera une chimio juste pour que les métastases aux reins ne grossissent pas.
Elle lui demande pour combien de temps il en a et là, le pneumo qui ne s’est jamais prononcé dit : 3 mois maximum….. Quand j’entends ça, je lui dis ça m’étonne pas je m’y attendais. Mais en fait, je suis sonnée.
Vendredi ma sciatique s’estompe un peu, je peux m’assoir un peu, c’est pour ça que j’écris. Je suis sonnée, demain je vais aller le voir. Mais je hais cet hôpital, je hais tout ça, mais il faut tenir et être courageuse jusqu’au bout. J’ai peur de l’avenir, j’ai peur de tout. Oui, j’ai peur.
Mardi 22/02/2011
Visite à l’hôpital, triste, très triste, aref est dans son lit, mais n’est plus avec nous, il s’éveille de temps en temps, me dit « mon amour, mon cœur », mais raconte n’importe quoi. Emilie l’interne avec qui je parle me dit qu’il ne rentrera plus à la maison, ils vont le garder le plus longtemps possible puis il ira en soins paliatifs, la fin n’est pas très loin. C’est le plus dur, attendre un coup de fil qu’on ne veut pas entendre. Mais bon. David est très mal de plus en plus mal, il ne dit rien, mais je le connais, il a besoin d’être seul, de ne pas parler. Apparemment, Aref a du faire sur lui, car il est tout propre, les draps aussi, et il a une chemise de l’hôpital. J’admire toutes ces femmes autour de lui qui prennent du temps et la douceur avec lui.
Delphine, Nicolas, et sa sœur nous rejoignent, pendant qu’il dort on parle d’autre chose. Puis une heure après on s’en va, on l’embrasse. Je lui dis de bien dormir que je reviens demain.
Mercredi 23/02/2011
Ce matin, le téléphone sonne, il est 7 h 33. « Allo, bonjour c’est l’hopital, votre époux est décédé ». David se lève, il a compris, nous appelons Delphine, je lui dit « Papa est parti ». Elle s’effondre, je sais qu’elle est entourée, elle me dit on part à l’hopital.
J’appelle mon frère aussi, qui nous a suivi tout le long de sa maladie. Il est triste, très triste. Je lui dit que je pars à l’hopital. Je l’appellerai en rentrant.
Nous arrivons à l’hopital, je vais dans la chambre, avec David. Il est déjà emmailloté dans le drap. Il est apaisé, tranquille. Je m’effondre, je me mets à pleurer et je lui parle, je pleure j’arrive plus à m’arrêtée, et puis je me calme, je demande aux enfants de sortir, je veux rester seule avec lui.
Je lui parle, je l’embrasse, il est tout chaud, sa tête est bien reposée. Il dort en paix, sans souffrance.
Je lui dit au revoir, je l’aime tant. Je recule jusqu’à la porte et je lui dis « A demain !!! ». Et à partir de cet instant je ne pleurerai plus.
Delphine s’occupe de tout, on rentre avec David. On appelle tout le monde. La cérémonie est fixée au vendredi 25 février à midi.
Vendredi 25 février
Nous partons à l’hopital pour le voir une dernière fois. Il est beau, Abder son ami s’est occupé de tout ce qui est toilette habillage. On dirait un ange. Il a la figure d’un saint. Toute sa générosité ressort, tout sa bonté ressort. Je le touche pas car il a été lavé donc il ne faut plus le touché, il est préparé pour le paradis.
Nous sortons, puis dans une autre salle, on le retrouve dans le cercueil. On nous dit de prendre notre temps et je donnerai le signal pour fermer le cercueil. Je demande à tout le monde de sortir, ce dernier instant est le notre à Delphine David et moi.
Je monte dans le fourgon, je l’accompagnerai seule jusqu’au cimetière.
Il y a énormément de monde pour son enterrement, le cercueil est porté par ses amis Ahmed, Rana, Abder, Boussif. Il pose le cercueil sur l’herbe, c’est beau, triste, mais beau, tout le monde s’avance ensemble, tous hommes et femmes, ceux qui font la prière et l’Imam se positionnent le long du cercueil, et nous à la tête. L’imam fait la prière, c’est magnifique, doux, sa voix s’envole vers le ciel, je vois Ahmed baisser la capuche de son burnou, il pleure. Ils sont tous tristes très tristes.
Nous écoutons cette prière puis Ahmed, Abder, Rana Boussif et le Fils Toumi (voisin de chez nous), le porte en terre. Ils mettent les premières pelletées de terre et je demande à Abder d’arrêter pour que tous nous puissions mettre en nous recueillant une petite poignée de terre. Ce qu’il fait. Tout le monde passe. J’attends un peu et je prends le bras de mon Frère, mon grand frère il ne me reste que lui. Mon Gilles à moi. Nous sortons tous les 3 avec Hadwig, j’attends à la porte du cimetière pour dire merci et au revoir à tous… puis je pars avec Fio et Cécile à pied chez nous.
Tout le monde vient boire un café manger un petit peu. C’est chaleureux, je ne pleure pas, au contraire, je suis bien, même très bien, je ris, on plaisante, j’ai comme l’impression qu’Aref a envahi mon corps et qu’il me pousse à me sentir bien.
Je m’aperçois soudain que les enfants ne sont pas là, je demande où ils sont et on me dit qu’ils sont restés au cimetière et qu’ils enterrent leur Père…. C’est un geste immense pour lui, je suis fière d’eux, admirative.
Petit à petit les gens s’en vont, les jeunes restent avec Delphine et David et moi, tous sont tristes mais les plaisanteries reviennent, tout le monde commence à rire, et Delphine et David sont bien entourés. Samuel, le directeur d’Aref vient, je lui donne la caricature d’Aref qui avait été faite à Atac, il me dit qu’elle ira au rayon boucherie, au dessus de son billeau.
Merci à tous de m’avoir entourée.
Je vais dormir tournée vers le cimetière et comme d’hab je te dirais « bonne nuit »….
Un petit point, juste un petit point. C’est rien un petit point, ça termine une phrase, ça en appelle une autre. Un petit point au bout de l’horizon, c’est peut être un homme, ce petit point.
Un petit point, puis 2, puis 3…. Comme des points de suspensions…. Des points qui suspendent notre vie.
Et puis un point d’interrogation ? quoi ? qui ? pourquoi ? pourquoi moi ? pourquoi lui ? qui ramène au point de suspension et attend une réponse.
Non ce n’est rien qu’un petit point là en haut à droite. Point final alors ? ah non pas vraiment, faisons une photo du petit point ouvrons l’horizon pour voir ce que c’est que ce petit point. Ah, je ne vois rien…. Découpons l’horizon et regardons…. Drôle de petit point, il est tout bizarre, il n’est pas tout à fait rond, pas carré non plus, mais pas comme il faut… Comme un petit point trop appuyé il déborde, il coule sur les bords, nous allons prendre une gomme, on va l’effacé. Tant pis on mettra une virgule.
Mais la virgule n’arrête pas les phrases, elle sépare deux phrases. Alors on brule, et on brûle et on brûle encore. Et il n’y a plus rien, oui plus rien… plus de virgule, plus de point….
Le temps avec ses points de suspension…… nous laisse du répit, ouf….
….
Dans le RER qui me ramène comme chaque jour à la maison, j’écoute sur mon portable Mistral gagnant de Renaud, cette chanson me rappelle mon enfance, la rue Dagobert à Clichy, la boutique Rose où nous allions chercher les mistrals gagnants, forcément gagnants, puisque nous nous cachions derrière une très grande de notre classe qui demandait des bonbons à 1 francs… donc on avait tout loisir de chercher les gagnants, on prenait des roudoudous qui nous niquaient les dents et des coco boer… etc, donc je chante cette chanson que je connais par cœur. Le train dépasse Conflans fin d’oise et je sais que dans 3 minutes maxi je vais retrouver Neuville. Malgré ce soir d’hiver, il fait beau, le soleil brille, la nature est belle, je suis bien… Enfin un peu inquiète puisqu’Aref qui a une pneumonie depuis quelques jours, a fait une radio, dont je ne connais pas encore le résultat. Subitement la chanson s’interrompt et c’est Mimi mon Doc, mon Amie qui m’appelle dans le train. Tout de suite, tout de suite je sais qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, elle n’est pas du genre à m’appeler pour rien, elle est tellement prise par ses patients, donc si à 18 heures elle prend le temps de m’appeler ce n’est pas bon signe.
« Allo cricri, c’est Mimi » et là directement sans attendre je lui dis « c’est mauvais ? » je sais que tu ne m’appellerais pas si c’était bon. Elle est carastrophée Mimi, notre doc mais notre amie avant tout. Oui, me dit-elle il y a quelque chose sur la radio « UN POINT » un nodule une merde quoi. Je me retiens d’éclater en sanglots je ne veux pas me montrer en spectacle mais j’ai l’envie folle d’arrêter le train, de tirer le signal d’alarme mais non, le signal d’alarme je le tire mais dans ma tête, juste dans ma tête, elle vient de me percer le cerveau. Je la remercie de m’avoir prévenue, cela me permettra de me préparer avant de retrouver Aref.
Le train arrive en gare de Neuville, je sors, je m’assois sur le banc, je vois le train partir, plus personne à l’horizon, je regarde, et je hurle, je pleure, je suis mal tellement mal. Je n’arrête pas de penser et de me dire que d’un coup le soleil est plus terne, et l’impression grave que des nuages vont passer pendant longtemps sur notre vie.
Je rentre, Il n’est pas là, je m’inquiète, mais bizarrement je ne l’appelle pas, j’attends. Je ne veux pas mentir et faire comme si je ne sais pas, je préfère qu’il appelle et me le dise lui-même. C’est ce qu’il fait, il me dit y a un « truc à la radio, je viens de chez Mimi ». Je reste neutre et je lui dit ah bon qu’est-ce qu’on fait alors ? il me dit avoir rendez vous le lendemain pour un scan, tout aussi neutre je lui dis oui c’est normal au moins on saura s’il est seul ce « truc ». Pas bavard, et comme je le comprends, il raccroche. J’ai envie de tout casser, mais bon c’est pas la peine.
Le lendemain je décide d’aller travailler quand même pour ne pas l’affoler. Mais toute la journée j’attends, j’attends sont coup de fil et le scan confirme « un naudule + un ganglion » allez zou 2 pour le prix d’un.
Le vendredi, rendez-vous chez le pneumologue Docteur Pham douce comme un cœur, nous dit de ne pas nous inquiétez, mais prend l’avis de son homologue et revient en nous disant : il faut opérer d’urgence…. Aref dit « c’est un cancer dites le ». Elle dit qu’elle n’en sait rien mais qu’il vaut mieux l’enlever tout de suite pour être sur qu’il n’y a rien.
Nous sortons tous abasourdis de l’hopital, nous qui y étions allés avec le grand espoir que tout serait bon, on ne parle pas, on ne parle plus. Je ne sais pas quoi dire. Du coup comme pour dire que tout ira bien, j’appelle les enfants et on leur donne rendez-vous au restau. On passera une bonne soirée et on leur annonce qu’il faut opérer leur papa. Ils sont confiants car nous sommes positifs, tout ira bien…. On le sais.
Nous revenons à la maison, et retrouvons Aref. Sans attendre, je fais à manger. Enfin, on se parle, on essaye d’analyser cette nouveauté. Et surtout d’appréhender le mieux l’opération qu’il va subir
On va se coucher et je lui promets d’être toujours à ses côtés. Il sait combien je l’aime et je serais là.
Le lendemain, je pars le cœur à l’envers au travail. Il me faut annoncer la nouvelle à ma chef, je suis dans un nouveau service, et j’ai peur de la réaction. Mais bien au contraire, elle va tout de suite me dire les mots qui me délivrent : le travail passe après, la vie de ton mari est primordial, alors prends les jours qu’il faut, et vient travailler quand tu peux. Mon chef de département me confirmera par la suite ce qu’elle vient de me dire et j’avoue que je suis soulagée.
Mon amie Mb de toujours est là et je pleure dans ses bras. C’est un peu une grande sœur pour moi, on s’aime fort. Je suis retournée. Tous les autres viennent m’aider à reprendre mes esprits et me dire qu’ils seront également près de moi tout au long de ce parcours effrayant.
Au début mars, nous partons tous les deux pour la clinique du val d’or à st cloud. La chambre est belle, mais on nous dit bien qu’il passe juste la nuit ici, ensuite il sera transféré aux soins intensifs.
Je l’embrasse fort, et je pars 1 heure de route, j’ai le temps de cogiter.
Le lendemain, les enfants sont à la maison et on attend le résultat de l’opération. L’attente est longue et pénible, ce n’est que vers 18 heures qu’on apprend que tout va bien…Il est réveillé. Ouf.
Je pars le lendemain à la clinique du val d’or, et je me déguise en schroumphette, on ne plaisante pas dans ce service. Il est allongé entouré de machine. Je me rends compte que c’est la première fois de ma vie que je le vois dans un milieu hospitalier. Je le trouve très fatigué, les yeux hagards, globuleux, et bizarres, c’est la morphine. Je l’embrasse, je lui dis que ça va aller, que l’opération s’est bien passée, et il s’endort.
Je pars, arrivée en bas dans la voiture je m’effondre. C’est la première fois que nous allons être séparés sans le vouloir et j’ai beaucoup de mal. Je ne sais pas vivre sans lui. Il y a 1 heure de route donc faut que je me calme, mais c’est plus fort que moi, je pleure, je pleure de plus en plus. Je sors de la voiture et je marche un peu. Bordel c’est dur.
Quand je reviens, je vais manger avec mon frère et ma belle-sœur, heureusement que je les ai, si proches, si aimants. Tous les deux me rassurent et puis on parle d’autre chose, c’est mieux.
L’opération s’est bien passée, les jours suivants sont un calvaire pour Aref. Terrible, il ne souffre pas, mais est dans un état second, la morphine fait son effet.
La semaine d’après il est transféré chez nous. Il se repose, reprend un peu de force. Je suis si triste de le voir comme ça. Mais il se remet petit à petit, il commence à reprendre gout aux choses, à la vie, il va promener son chien. Nous avons rendez-vous au mois d’avril avec le pneumo.
Nous nous rendons chez la Pneumo, elle a les résultats de l’opération, et nous annonce la mauvaise très mauvaise nouvelle. C’est un cancer, avec ganglion. Il faut faire de la chimio. Je vois les jambes d’Aref trembler, je pose doucement ma main sur sa jambe. Je sors en prétextant une envie d’aller aux toilettes, je ferme la porte derrière moi et j’appelle Martine, personne d’autre, Martine. Je m’effondre, mais je lui dis que je dois y retourner. Je sèche mes yeux et me voilà dans le bureau. Je sens une ambiance glacée, alors je me mets à poser des questions dont je connais les réponses : comment se passent les chimios, quels sont les effets secondaires etc… mais je n’écoute pas les réponses du pneumo, je n’écoute rien, je m’en fou.
On est anéantis, une douche froide, un coup sur la tête, une grosse claque dans la figure, alors on repart tous les deux de l’hôpital et ne disons rien et de toute façon quoi dire … je roule, je roule, je ne dis rien Aref non plus, on ne trouve pas les mots lui comme moi on est dans le flou dans le néant, Nous devions aller faire les courses, les enfants nous attendent à la maison, il ne veut plus aller faire les courses, je lui demande de faire descendre les enfants pour qu’ils m’aident pour les courses.
Ils descendent, ils sont joyeux comme d’habitude, ils sont très complices, mais ils voient ma figure, je les emmène près de chez nous sur le parking du cimetière… bel endroit, franchement je me rends même pas compte de ce que je fais. Je coupe le moteur, et je leur annonce. Delphine s’effondre, David aussi. Il me prend dans ses bras et je pleure doucement. Puis en me ressaisissant, je leur dis il ne faut jamais pleurer devant lui. La vie continue, même si elle va être chamboulée, il faut continuer on n’a pas le choix. Je leur demande aussi de continuer à sortir, d’aller voir leurs amis, de ne rien changer. Je ne veux pas qu’ils soient coupés de leurs amis, ils vont en avoir besoin.
Nous allons faire les courses, mais je demande à voir Samuel le directeur d’Aref. Un amour de garçon, il nous reçoit dans son bureau et je lui annonce la triste nouvelle. Il est malheureux, triste, et m’assure de son entière disponibilité pour tout ce dont j’aurais besoin, par la suite je peux dire qu’il n’a pas manqué à sa promesse, j’ai trouvé en lui un ami très fidèle très honnête. Il me dit qu’il viendra voir Aref demain avec des croissants, ce qu’il fait. Mais je vois sur son visage, la tristesse et je mesure l’affection qu’il a pour lui. Il me dit qu’en aucun cas personne ne prendra la place d’Aref d’ici 2 ans. Ce qui me fait chaud au cœur tant je connais l’amour d’Aref pour son métier.
Nous redescendons dans le magasin et bien sur tous viennent aux nouvelles. Magnifique équipe que celle d’Atac. Ils sont très tristes, Rana le vendeur de vêtements, la boulangère de chez Paul et Laurent le vendeur de journaux, et les employées de la pharmacie qui nous connaissent depuis 16 ans maintenant, tous travaillent dans la galerie commerciale d’Atac.
Nouvelle étape, la chimio.
Quoi dire, sinon que le début n’est pas trop pénible, je continue à aller travailler, et comme il va bien, je suis rassurée. Nous sommes heureux et on goûte les bons moments passés ensemble. Dire que je vais bien, non car j’ai en tête que cela ne durera pas toujours.
A la première chimio, j’ai posé la question fatale à l’infirmière, combien de chance de survie à 1 an, 34% m’a-t-elle répondu. J’ai eu un choc, et puis j’ai pleuré. Et puis je me suis encore ressaisie, il faut continuer pas le choix, pas le temps de m’attendrir sur moi-même. Je serais présente à toutes les chimios, grâce à ma chef de div et à mon chef de département qui sont de tout cœur avec moi. Des personnes que je ne connaissais pas 3 mois avant et qui me soutiennent comme si il me connaissait depuis des années Merci Françoise, Merci M. Bergin. Grace à vous, j’ai pu être soulagée de tant de peur. Françoise, elle me conseille bien. Jacky dans mon bureau essaye de me faire rire, il y arrive et grâce à lui, les journées sont faciles.
Le soir, quand je rentre j’ai toujours la gorge nouée, mais on tient le bon bout. Au mois de juillet on n’ira pas en vacances, car on lui annonce qu’après la chimio, il y aura de la radiothérapie. Donc pas de vacances, mais je m’en fou l’important étant qu’il soit là. Il va de mieux en mieux, tout seul et tous les jours il ira à Argenteuil faire sa radiothérapie, et fin septembre, on lui annonce que tout va bien. Et qu’il est en rémission.
Alors vite on fait les valises et on se taille dare-dare en Tunisie.
Je me rends compte quand même qu’il est fatigué, et lorsqu’on nous propose de jouer à la pétanque, on dit ok. Mais lorsqu’il lance sa première boule, il hurle. …. Et là je me dis que ça ne va pas si bien que ça.
On part se promener, et puis je dis que je suis fatiguée comme ça, il va aller dormir. Dès qu’il dort, je reviens devant la piscine et j’ai une frayeur : et si tout n’était pas si bien que ça ? mais non, on nous l’a dit : tout va bien, en rémission donc pas d’affolement.
On rentre à paris, tout content avec pleins de cadeaux pour les gosses, et tous ceux qui m’entourent, des petites babioles, mais juste pour dire j’ai pensé à vous.
La semaine d’après, aref se plaint du côté droit. Le pneumo et mimi lui demande de faire un scan. On n’a pas peur tout va bien.
Le temps du scan je vais dehors, je supporte plus les salles d’attente et quand je reviens il est là. L’examen est fini. Je vois sa tête, grave. Je me dis « oh non !!!! non !!!), le radiologue nous dit de prendre rendez-vous le plus rapidement avec le pneumo.
Je l’appelle rendez-vous pris : le lendemain. Je flippe grave.
Dans le bureau du pneumo, Aref se plaint énormément de son côté droit. Le pneumo commence à nous dire que la situation n’est pas bonne…. Vlan dans les dents. J’ai de plus en plus peur, il nous annonce que le cancer s’est propagé non seulement à l’autre poumon mais aux reins. Je deviens livide. Je ne dis rien, Aref lui dit : je vais mourir. Il lui répond non, mais je ne peux plus vous guérir, je peux vous aider à vivre le plus longtemps possible… Tu parles charles, tu mens, tu mens, ça se voit. Je le hais ce con de docteur, je le hais. Je ne sais pas pourquoi je le hais, mais c’est comme ça. Il ne donne que de mauvaises nouvelles.
Aref reste à l’hôpital pour qu’on le soigne pour son mal. Je ressors et j’en veux au monde entier. Je vais à l’église de l’hôpital, et je l’engueule, lui là haut. Mais je ne comprends pas pourquoi les salauds meurent dans leur lit et qu’un mec comme Aref souffre, oui je t’en veux, toi Dieu, ton fils et tout le tintouin, je t’en veux. Je ne crois plus en rien, en personne. Heureusement qu’il y a de bonnes âmes à côté de moi qui y croient et qui vont mettre toutes leurs forces dans les prières, aussi bien chrétiennes que musulmanes.
Il rentre à la maison 3 jours plus tard, dans la nuit je m’aperçois qu’il dort assis sur son lit, je me lève, ça ne va pas il a mal, je lui donne de la morphine comme on me l’a dit mais rien n’y fait, je redonne de la morphine, mais il hurle, il a mal. Je m’en vais ailleurs, je ne supporte pas, il m’appelle, j’arrive, il n’en peut plus. J’ai envie de lui faire une piqure pour que tout s’arrête mais non, il faut que je l’aide, je le câline, je l’embrasse, comme un bébé, je le garde dans mes bras, mais rien n’y fait, il hurle, le lendemain j’appelle mimi, qui vient et ordonne sa ré hospitalisation. ET là, c’est la cata, ils le mettent dans un coma artificiel, mais il est tellement agité qu’ils l’attachent au lit. Il hurle toujours. Je sors de la chambre, j’en peux plus, j’en peux plus, et là je tombe, je vois plus rien, on me met dans une chambre, et on me drogue aussi. Les infirmières viennent avec moi, m’aider à me calmer. Elles sont douces et adorables, Aurélie Delphine zeinab, Sylvie, Emilie, Soizic, et les dames qui donnent les repas, Marie-Jo, je les aime tant, elles adorent aref, elles s’en occupent comme leur père, c’est le chouchou du service. Jamais elles ne seront fachées contre lui, et pourtant il en fait des bêtises, mais elles le connaissent bien.
Ce même jour, Delphine l’infirmière me dit j’ai appelé l’Imam, et là mon cœur part vers les chaussures, paf je replonge, mais je me tiens. Aurélie qui pourtant est là depuis 3 ans, pleure avec moi. L’Imam vient et prie pour lui.
On pense que tout est fini, même un interne m’appelle le matin pour me dire de venir, on arrive avec les enfants, on est début décembre et va rester dans cet état jusqu’à fin décembre.
Le 31 décembre, il sera avec moi à la maison, on fêtera le nouvel an pratiquement sans se regarder, un morceau de foie gras et un peu de saumon, il ne mange pratiquement plus rien. Il va se coucher mais vers minuit il se réveille j’en profite pour l’embrasser mais je ne peux pas lui dire « bonne année », non je ne peux pas, je pleure dans mon corps, car je sais je suis presque certaine que le prochain nouvel an, je serais seule.
Le 4 janvier, c’est la débâcle, on le soigne à la morphine, il redevient incohérent, me dit des trucs bizarres, je commence à baliser. J’appelle mimi, qui vient tout de suite et décide de le re hospitaliser encore.
Je sais plus où va nos vies, je suis toujours entre la maison, l’hopital, la maison, l’hopital. Je n’arrive plus à rien faire, la maison est dans un sale état. J’en peux plus.
Il se remet tout doucement et vers la fin janvier il part en maison de repos, mais tout va mieux au niveau de son psychisme. Seulement il a perdu 25 kg. Il décide de revenir à la maison.
Et voilà, depuis fin janvier, il est là, il ne dort plus dans le lit, il ne peut pas, il dort dans le salon sur le canapé, il tousse, il ne mange pas, je l’engueule, un kiné vient à domicile lui faire de la kiné respiratoire, à la première séance, il dit à Aref, si vous ne mangez pas, si vous ne respirez pas normalement, c’est très simple, vous allez mourir…. Electrochoc, aref se remet à manger, il est très maigre, il décide le lendemain de se bouger il va voir ses amis à atac, promène son chien, mais je vois bien qu’il n’en peut plus. Le moindre effort lui est pénible, il vit au ralentit, chaque geste est difficile.
Je lui fais des bons petits plats, je sais ce qu’il aime, donc je fais steak sur steak, frites, endives, pas de poisson il ne veut pas en entendre parler, tous les jours je me casse la tête pour faire des choses simples mais qu’il mange complètement, j’y arrive quand même. Il aime les gâteaux, vite je vais à la boulangerie, je lui prends tout ce qu’il aime.
Je craque, je n’en peux plus, je vois mon amour tout triste, je revois notre vie.
Grande décision
Je change de chambre et lui laisse notre chambre, il a besoin d’être seul, il me l’a dit. Donc je transfère mon lit aujourd’hui dans la chambre de delphine. Y a pas le choix, donc je le veux bien je veux qu’il soit tranquille. Je comprends.
Le jour de la St valentin, je vais faire des courses à Atac, Stéphanie me dit : tu sais Christiane à chaque st valentin il me demandait de choisir un beau bouquet pour toi, alors aujourd’hui achète toi un bouquet et il sera content. Je fais mes courses et je rentre.
Il dort dans le fauteuil mais quand je rentre, il se réveille je lui montre le bouquet et lui dit tiens pour une fois c’est moi qui t’offre ce bouquet. Il est triste, il ne réagit pas. Ca me fait tant de peine.
Je range les affaires, il ne parle presque plus, il se renferme sur lui-même, je le laisse, je sais qu’il préfère être seul.
Je fais à manger mais bien sûr il ne mange pas. Il a mal, très mal. Il souffre.
Mardi : je commence à souffrir de ma jambe, je sens la sciatique arriver. Mimi m’appelle et j’en profite pour lui parler de ma jambe, je peux plus me tenir debout, ni assise, je peux plus me baisser, ça me tire je souffre grave aussi. Mais bon, je ne me plains pas. Mimi me dit que le docteur Arassus lui a téléphoné pour demander des nouvelles d’Aref, mimi lui dit qu’il est faible, mais qu’il faudrait le re-hospitalisé pour voir ce qui se passe, je lui dis qu’il ne peut pratiquement plus respirer. J’ai vraiment peur.
Le soir même elle vient à la maison pour moi et Aref. J’ai une sciatique et je dois rester clouée au lit, c’est vrai que je n’en peux plus. Elle ausculte aref et trouve qu’il est très encombré. Elle me fait un bon pour l’ambulance. Il sera re hospitalisé jeudi.
Aujourd’hui vendredi, Aref a fait une radio des poumons. Le pneumo a appelé mimi pour lui donner son avis, le cancer a encore progressé et a envahi tous les poumons. Il n’a plus de globules rouges, donc il va lui faire une transfusion, ensuite il va traiter sa pneumonie et peut être il fera une chimio juste pour que les métastases aux reins ne grossissent pas.
Elle lui demande pour combien de temps il en a et là, le pneumo qui ne s’est jamais prononcé dit : 3 mois maximum….. Quand j’entends ça, je lui dis ça m’étonne pas je m’y attendais. Mais en fait, je suis sonnée.
Vendredi ma sciatique s’estompe un peu, je peux m’assoir un peu, c’est pour ça que j’écris. Je suis sonnée, demain je vais aller le voir. Mais je hais cet hôpital, je hais tout ça, mais il faut tenir et être courageuse jusqu’au bout. J’ai peur de l’avenir, j’ai peur de tout. Oui, j’ai peur.
Mardi 22/02/2011
Visite à l’hôpital, triste, très triste, aref est dans son lit, mais n’est plus avec nous, il s’éveille de temps en temps, me dit « mon amour, mon cœur », mais raconte n’importe quoi. Emilie l’interne avec qui je parle me dit qu’il ne rentrera plus à la maison, ils vont le garder le plus longtemps possible puis il ira en soins paliatifs, la fin n’est pas très loin. C’est le plus dur, attendre un coup de fil qu’on ne veut pas entendre. Mais bon. David est très mal de plus en plus mal, il ne dit rien, mais je le connais, il a besoin d’être seul, de ne pas parler. Apparemment, Aref a du faire sur lui, car il est tout propre, les draps aussi, et il a une chemise de l’hôpital. J’admire toutes ces femmes autour de lui qui prennent du temps et la douceur avec lui.
Delphine, Nicolas, et sa sœur nous rejoignent, pendant qu’il dort on parle d’autre chose. Puis une heure après on s’en va, on l’embrasse. Je lui dis de bien dormir que je reviens demain.
Mercredi 23/02/2011
Ce matin, le téléphone sonne, il est 7 h 33. « Allo, bonjour c’est l’hopital, votre époux est décédé ». David se lève, il a compris, nous appelons Delphine, je lui dit « Papa est parti ». Elle s’effondre, je sais qu’elle est entourée, elle me dit on part à l’hopital.
J’appelle mon frère aussi, qui nous a suivi tout le long de sa maladie. Il est triste, très triste. Je lui dit que je pars à l’hopital. Je l’appellerai en rentrant.
Nous arrivons à l’hopital, je vais dans la chambre, avec David. Il est déjà emmailloté dans le drap. Il est apaisé, tranquille. Je m’effondre, je me mets à pleurer et je lui parle, je pleure j’arrive plus à m’arrêtée, et puis je me calme, je demande aux enfants de sortir, je veux rester seule avec lui.
Je lui parle, je l’embrasse, il est tout chaud, sa tête est bien reposée. Il dort en paix, sans souffrance.
Je lui dit au revoir, je l’aime tant. Je recule jusqu’à la porte et je lui dis « A demain !!! ». Et à partir de cet instant je ne pleurerai plus.
Delphine s’occupe de tout, on rentre avec David. On appelle tout le monde. La cérémonie est fixée au vendredi 25 février à midi.
Vendredi 25 février
Nous partons à l’hopital pour le voir une dernière fois. Il est beau, Abder son ami s’est occupé de tout ce qui est toilette habillage. On dirait un ange. Il a la figure d’un saint. Toute sa générosité ressort, tout sa bonté ressort. Je le touche pas car il a été lavé donc il ne faut plus le touché, il est préparé pour le paradis.
Nous sortons, puis dans une autre salle, on le retrouve dans le cercueil. On nous dit de prendre notre temps et je donnerai le signal pour fermer le cercueil. Je demande à tout le monde de sortir, ce dernier instant est le notre à Delphine David et moi.
Je monte dans le fourgon, je l’accompagnerai seule jusqu’au cimetière.
Il y a énormément de monde pour son enterrement, le cercueil est porté par ses amis Ahmed, Rana, Abder, Boussif. Il pose le cercueil sur l’herbe, c’est beau, triste, mais beau, tout le monde s’avance ensemble, tous hommes et femmes, ceux qui font la prière et l’Imam se positionnent le long du cercueil, et nous à la tête. L’imam fait la prière, c’est magnifique, doux, sa voix s’envole vers le ciel, je vois Ahmed baisser la capuche de son burnou, il pleure. Ils sont tous tristes très tristes.
Nous écoutons cette prière puis Ahmed, Abder, Rana Boussif et le Fils Toumi (voisin de chez nous), le porte en terre. Ils mettent les premières pelletées de terre et je demande à Abder d’arrêter pour que tous nous puissions mettre en nous recueillant une petite poignée de terre. Ce qu’il fait. Tout le monde passe. J’attends un peu et je prends le bras de mon Frère, mon grand frère il ne me reste que lui. Mon Gilles à moi. Nous sortons tous les 3 avec Hadwig, j’attends à la porte du cimetière pour dire merci et au revoir à tous… puis je pars avec Fio et Cécile à pied chez nous.
Tout le monde vient boire un café manger un petit peu. C’est chaleureux, je ne pleure pas, au contraire, je suis bien, même très bien, je ris, on plaisante, j’ai comme l’impression qu’Aref a envahi mon corps et qu’il me pousse à me sentir bien.
Je m’aperçois soudain que les enfants ne sont pas là, je demande où ils sont et on me dit qu’ils sont restés au cimetière et qu’ils enterrent leur Père…. C’est un geste immense pour lui, je suis fière d’eux, admirative.
Petit à petit les gens s’en vont, les jeunes restent avec Delphine et David et moi, tous sont tristes mais les plaisanteries reviennent, tout le monde commence à rire, et Delphine et David sont bien entourés. Samuel, le directeur d’Aref vient, je lui donne la caricature d’Aref qui avait été faite à Atac, il me dit qu’elle ira au rayon boucherie, au dessus de son billeau.
Merci à tous de m’avoir entourée.
Je vais dormir tournée vers le cimetière et comme d’hab je te dirais « bonne nuit »….
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lundi 13 avril 2009
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