DAKAR BOUNTOU AFRIQUE
(Dakar porte de l’Afrique)
Par
Christiane Gharib
(Dakar porte de l’Afrique)
Par
Christiane Gharib
CHAPITRE I
Un jour de Novembre, j’ai atterri à l’aéroport de Dakar Yoff, sombre aéroport complètement différent de Roissy. J’ai l’impression d’être dans un film sur les colonies.
Tout d’abord, on descend sur le tarmac, chose qui de nos jours n’est pas envisageable en France.
Je passe la douane, et déjà les senteurs africaines arrivent à mon nez. Dans une jolie pagaille, j’attends mes bagages, je ne sais même pas d’où ça va venir. Les africaines parlent fort et font de jolies danses avec leurs boubous de toutes les couleurs. Je vois arriver des grands sacs énormes style sac à provision, rayés de bleu et blanc, j’attends, et je vois sur le tapis un poisson seul, tiens bizarre, puis deux, puis trois, et enfin le sac complètement éventré montrant son intérieur rempli de poissons…, d’autres sacs suivront eux remplis de denrées alimentaires, ou autres, les femmes assez imposantes poussent tout le monde en parlant un dialecte que je ne comprends pas encore, le tout dans des rires et avec des gestes puissants pour rattraper tout ça. Moi j’attends tranquillement, je n’ose pas troubler ce rite qui apparemment se reproduit tous les jours étant donné l’indifférence des autres voyageurs qui ne disent rien et n’ont pas l’air étonné de voir ça.
J’arrive avec ma petite valise que je pose devant un douanier, je pensais que c’était un militaire car il porte l’uniforme de nos militaires Kaki. Il me demande ce qu’il y a dans ma valise, et sans attendre la réponse, l’ouvre. Voyant le contenu, il referme et fait une croix à la craie dessus.
J’avance et je rejoins celui qui va partager ma vie et qui la partage toujours 27 ans après. Nous partons dans une voiture de livraison prêtée par son patron, une Subarou.
Je regarde le paysage, enfin ce que je peux, car il est plus de minuit et tout est vraiment noir. Mais déjà je trouve qu’il y a beaucoup de monde dans les rues, cela m’étonne aussi beaucoup car chez nous à minuit, il n’y a plus beaucoup de monde à pied. Nous passons par Ouakam banlieue de Dakar, mais je ne vois pas grand chose.
Nous arrivons à Dakar, et j’arrive rue Escarfait qui va devenir le début de mon aventure dakaroise, nous montons l’escalier assez délabré j’avoue aujourd’hui, pour arriver sur une énorme terrasse qui en fait est le toit de l’épicerie au rez-de-chaussée.
Je rentre dans la maison qu’Aref a pu avoir, d’un de ses amis qui lui a tout laissé dedans, elle est complètement équipée, je n’ai plus qu’à rentrer et commencer ma nouvelle vie.
Après avoir un peu visité les lieux, les amis d’Aref vont venir les uns après les autres pour faire ma connaissance et me souhaiter bienvenue. Je verrais à ce moment là, Nanou, Richard, Nadia, Michel, Bahla et Eunice, et surtout Khalil, tous sont Libanais et par leur venue me font comprendre que je vais être des leurs. Je suis un peu intimidée, mais leur gentillesse, leur humour, et leur tact va faire que je vais vite me sentir à l’aise, je les avais déjà vu, lors d’un de mes précédents séjours à Dakar, où j’avais aussi fait connaissance de la famille d’Aref.
Un gâteau viendra finir le repas préparé par Nadia, et sur celui-ci je me souviens encore, Aref avait fait marquer « Bonne arrivée », j’étais gâtée, heureuse, amoureuse, et la douceur ambiante de la nuit africaine m’enveloppait d’une torpeur agréable.
Après quelque temps, tous prirent congés en m’embrassant et en me disant qu’ils étaient heureux de me connaître. Moi aussi, j’étais heureuse.
Après ce repas, Aref et moi, tous les deux sommes restés tranquillement à parler, dans les bras l’un de l’autre, on était bien, j’avais rejoint celui que j’avais connu huit mois plus tôt au détour d’un restaurant.
CHAPITRE II
J’étais arrivée, par hasard à Dakar, je travaillais au syndicat des agents de voyages, et l’un d’entre eux, m’avait téléphoné un mercredi en me disant « ça te dit d’aller à Dakar, j’ai 2 allers-retours gratuits pour samedi », moi étant toujours d’accord pour aller visiter le monde, j’avais accepté, et avec ma collègue, on s’était retrouvée, le samedi en direction de Dakar. On y était arrivée le 4 avril, jour de l’indépendance, on avait opté pour un petit hôtel en plein milieu de Dakar, ce qui était facile pour nous. Comme cet hôtel n’avait pas de restaurant l’agence locale nous avait remis des ticket restaurant, et après 2 tentatives plutôt mauvaises, nous avions jeté notre dévolu sur le 3ème restaurant proposé par l’agence.
Ce restaurant s’appelait « L’auberge rouge », nom bizarre, mais qui ne nous fit pas peur. Ce jour là, après avoir visiter la maison des esclaves sur l’île de Gorée, nous étions allées nous restaurer dans ce petit endroit.
Après avoir passé le bar, c’était un magnifique patio qui était devant nous. Tout autour de ce patio les bougainvilliers se promenaient le long des murs, de magnifiques arbres exotiques trônaient aux coins et au milieu de ce patio. C’était beau, on était en avril, et les alizés doucement nous rafraîchissaient. Le patron nous indiqua notre table et comme menu, je me souviens avoir pris un crabe farci, une salade et un blanc coco. C’était bon, on était bien, tranquille. On parlait de notre visite à Gorée et on se demandait comment tant d’horreur avait pu exister, comment des hommes avaient pu sans vergogne faire ce qu’ils ont fait. Les deux patrons étant français vinrent s’asseoir avec nous pour le café, c’était très sympathique,
Vers 14 heures, la chaleur aidant, on prit la direction de l’hôtel pour une bonne douche et une sieste bien méritée. Je m’endormis avec déjà des souvenirs dans la tête, j’avais aimé Gorée, pour y accéder on avait pris la navette et avions accosté sur cette île. Je me demandais pourquoi toutes les rues étaient ensablées et le conservateur de la maison des esclaves me donna la réponse. « Voyez vous Madame, c’est pour qu’il n’y ait pas de bruits, par respect pour toutes ces âmes parties loin de leur pays, vendues pour un miroir, pour un pagne par des négriers plus infects encore que ceux pour qui ils travaillaient, car c’était bien leur peuple qu’ils achetaient dans la brousse pour les revendre aux hollandais, aux portugais et bien sur plus tard aux français. Napoléon se servit des esclaves pour les plantations dans les Antilles ».
Vers 18 heures, la chaleur ayant quelque peu diminuée, nous décidâmes d’aller faire un tour dans les rues de Dakar, vers le haut de l’avenue Maginot, les magasins ressemblaient aux nôtres avec devantures et publicités, c’était la partie la plus « occidentale » de la ville, magasins de sport, opticiens, pharmacie, bijoutiers.
Arrivées à l’angle de l’avenue Pompidou, nous avions le choix, soit repartir à droite vers la place de l’indépendance, soit continuer devant mais nous ne connaissions pas assez la ville et ce fut du côté droit que nous allâmes.
Cette avenue animée (appelée plus tard par Aref les Champs Elysées de Dakar), offrait aux passants tout ce que l’on voulait, restaurant, glacier, bar, cinéma, salon de thé. Nous partîmes donc à l’aventure vers la place de l’indépendance. Nous fûmes très souvent arrêtées par les enfants pour une pièce, ou pour acheter des bonbons, etc… mais jamais nous avons senti de l’agressivité, de la méchanceté, et c’est après un « non merci » qu’ils s’en allèrent.
Nous arrivâmes sur la place de l’indépendance, énorme place avec palmiers, où se trouvent la préfecture de Dakar, la chambre de commerce, le grand bijoutier « le comptoir suisse », tranquillement nous passâmes devant toutes les devantures des agences de compagnies aériennes pour arriver avenue Roume, où sur le côté gauche un immense palais nous faisait face. C’était le Palais présidentiel. Il était blanc avec un magnifique jardin devant plantés d’arbres et où criaient des paons qui, pour les touristes se haussaient et faisaient la roue. De magnifiques gardes vêtus de rouge montaient la garde.
Nous primes à droite dans l’avenue de la république et nous passâmes devant un super marche « LE RANCH FILFILI », je ne savais pas encore que j’y travaillerais un jour.
Nous reprîmes en descendant la rue Blanchot et nous nous retrouvâmes devant l’auberge rouge qui nous tendait les bras pour un bon dîner.
En rentrant, accouder au comptoir : 2 hommes, souriants des libanais, je m’avançai vers le patron qui me reconnut et je lui tendis les 2 tickets sésames pour nos repas. L’un des deux libanais me lança « il n’y en a pas un pour moi », méfiante et assez vive je répondis « Non »…
Arrivées à notre table, le serveur nous dit : « on vous offre l’apéritif », je répondis merci et nous commandâmes 2 kir. Après avoir bien siroté ce petit apéritif, le patron vint prendre la commande, je le remercie tout de suite de cette gentillesse, pensant que notre conversation de midi avait quelque peu tisser des liens amicaux. Etonné, il me répondit, « mais mademoiselle, ce n’est pas moi »… « Ah », alors la question suivante fût : « mais qui est-ce alors ? », et il me répondit ce sont les messieurs que vous avez croisé tout à l’heure. J’étais dos au bar, et je ne savais pas si je devais tout de suite me retourner, ce qui aurait été peut être pour eux le signe d’un éventuel engagement à venir nous rejoindre. Marie-France en face de moi ne savait pas non plus quelle attitude adoptée. Je réfléchis et je me dis qu’ici au moins rien de fâcheux pourrait nous arriver, et donc je me retournai et vis l’un des deux tendre son verre comme pour me dire « santé ». Je le remerciais de loin.
Nous commençâmes à dîner et les deux libanais vinrent nous retrouver. Celui qui s’assit à côté de moi était très drôle et après avoir fait un peu connaissance, s’amusa à me taquiner. Comme je ne voulais pas qu’il ait le dessus, chaque fois qu’il disait une bêtise j’en disais plusieurs derrière, c’était ma manière de me protéger. Marie-France, en face riait, mais ne m’aidait pas du tout dans les réparties que je devais trouver pour réagir aux gentilles attaques de ce monsieur.
En face de lui, l’autre ne disait pas grand chose, se contentant comme Marie-France de rire, à nos joutes verbales. Tout de suite, je remarquai ces yeux, beaux, marron en amande, brillants comme le feu, et cet air si doux sur son visage. Je ne sais pas pourquoi, mais à ce moment là, j’ai eu l’intime conviction que c’était lui, celui que j’attendais, celui qui devait faire sa vie avec moi, et personne d’autre. Pourquoi, jamais je ne le saurais, mais j’en étais sure.
Le repas terminé, ils nous proposèrent de nous raccompagner, mais l’hôtel étant à côté du restaurant, ce n’était pas la peine.
Sur le pas du restaurant, je me dis qu’il fallait que j’embrasse cet homme dont je ne connaissais pas le nom, mais il le fallait, c’était ma manière à moi de marquer mon territoire. Je me dressais sur mes pointes de pieds et je lui fis une bise sur la joue. On se donna rendez-vous le lendemain soir pour manger ensemble.
Je parlais à Marie-France de ce que je venais d’éprouver et je sentis une réprobation de sa part. Elle me dit que j’étais folle et que j’habitais en France. Elle avait raison, je ne devais pas m’emballer, mais après tout je n’avais rien fait de mal, sinon de faire comprendre à l’homme choisi que je voulais le revoir. Je m’endormis ce soir là avec l’intime conviction que mon avenir avait pris un tournant décisif.
Le lendemain, nous visitâmes le musée d’Afrique, le marché Kermel, le marché Sandaga, mais pendant toutes ces visites je ne voyais qu’une chose, les heures ne défilaient pas vite. J’avais envie de le revoir vite, de parler avec lui, de le connaître mieux. Marie-France se rendit compte de ma rêverie et me rappela à l’ordre avec un « arrête ça », tu gâches ton séjour. Donc, je fis ce qu’elle dit, non pas parce qu’elle me faisait peur, mais encore une fois parce qu’elle avait raison. J’écoutai attentivement les explications du guide du musée, et je fus une touriste bien sage.
Après cette visite, nous allâmes au marché Kermel où les femmes portent des bouquets de fleurs sur leur tête, bouquets magnifiques faits de fleurs exotiques et majestueuses. On rentra dans le marché, où des artisans de tous bords, présentaient leurs réalisations. Il y avait des boubous de toutes les couleurs, somptueuses couleurs africaines, des pagnes, et des sacs faits dans les mêmes tissus. C’était une farandole de couleurs, de senteurs, des femmes vendaient à même le sol, des arachides grillées, des fruits, mangues, papayes, dans de grandes corbeilles qui trouvèrent leur place sur leur tête une fois la vente terminée.
Les heures tournaient, trop lentement à mon goût, mais vint le soir et le retour à l’auberge où nous retrouvâmes les deux compères de la veille. Ils nous invitèrent à prendre l’apéritif, et on commença à parler, parler, l’un d’entre eux me dit qu’il s’appelait Khalil. Ce qui me plut chez lui c’était sa tenue impeccable, de la tête au pied, son pantalon et sa chemise était coordonnée avec une précision digne d’un horloger, ses chaussures impeccables, il était très mince et avait déjà certainement 40 ans, voire plus, il était très poli, très prévenant et les rigolades de la veille reprirent. L’autre s’appelait « Aref », il était plus timide, plus réservé, mais tout dans la douceur et au fur et à mesure de la soirée nos conversations me confirmèrent l’envie d’aller plus loin avec lui.
Le repas terminé, ils nous emmenèrent prendre un pot à ma Marina. Soudain, je sentis mon ventre se tordre, j’avais mal, je n’étais pas bien, je voulus partir mais Aref me rassura et me dit tu as « la tourista », zut, c’était bien ma chance, ça… rencontrer quelqu’un et avoir ce truc.
Il dit à Khalil et Marie-France qu’il fallait m’emmener chez le médecin, c’était urgent, car j’allais avoir mal. Nous arrivâmes chez le Docteur Froment, je saurais son nom plus tard, Il dit à Aref, il n’y a rien à faire sauf à lui faire boire 7 seven Up, ça passera, et on repartit tous les 4 au café me faire boire les fameux seven Up, 1, 2, 3, ça commençait à être dur, pourtant j’aimais ça, mais j’avais l’impression qu’on me gonflait avec une pompe tant mon ventre se raidit.
Ils nous raccompagnèrent à l’hôtel, moi pliée en deux, Marie-France inquiète pour moi. Arrivées dans notre chambre, elle me donna de l’intetrix et je m’endormis en maudissant mon ventre. Il m’avait fait rater ma soirée.
Le 3ème jour nous nous retrouvâmes, le midi, je voulais voir Soumbédioune, Aref m’emmena chez lui (enfin ce n’était pas chez lui je le sus tout de suite, car il s’était trompé d’étage…), dans ce studio, il ouvrit les portes-fenêtres et là le spectacle merveilleux de la baie de Soumbédioune s’offrit à moi. C’était beau, j’étais bien, le paysage s’étendait à perte de vue, et à côté de moi l’homme que je voulais pour moi était là aussi. Il me prit dans se bras et nous nous embrassâmes pour la première fois. Bien sur, il voulut allez un peu plus loin que l’étreinte, mais je le repoussa en lui disant que s’il voulait me connaître mieux, il faudrait que je revienne, et qu’il m’envoie un billet d’avion, mes moyens ne me permettant pas de revenir. Ce ne fut pas un problème, et le dernier jour, c’est en pleurs que je quittais Dakar. Espérant qu’il tiendrait sa promesse.
Je revins à Paris. Il faisait froid, très froid, je passais d’un 30 ° à 5 °, évidemment je tombai malade, une bonne angine. J’attendais son coup de fil, j’attendais un signe. Je repris mon travail, perturbée, mais heureuse de ce voyage, de ces merveilleux instants passés, et de ce sentiment que quelque chose important venait de m’arriver.
Le soir je reçus un coup de téléphone, c’était lui, il était loin, mais c’était lui, déjà il m’avais réservé un billet pour le mois de juin. A l’époque Internet n’existait pas, les portables non plus on était en 1981. Si notre histoire avait été vécue maintenant, je pense que j’aurais eu plus de facilité à communiquer avec lui.
Je lui envoyais des cartes, des lettres, toujours ma manie d’écrire. Et j’attendais le moment où je le retrouverais.
Le mois de mai passa, évidemment mes amies étaient au courant de mon histoire, et certaines étaient assez contentes de me voir heureuse. Arriva le mois de juin où je reçus le fameux billet.
Je repartis à Dakar, et pendant tout le vol, je me demandais qu’elle allait être sa réaction quand j’arriverais. Mais d’un seul coup je me dis que peut être il ne serait pas à l’aéroport, que peut être il s’était ravisé et que cette histoire ne lui plaisait plus. Je me retrouverais seule à Dakar et quoi faire ? Mon Dieu, un sentiment de peur m’envahit et je sentis mes larmes coulées. Non ce n’était pas possible, c’était un scénario catastrophe dont je ne voulais pas. Je réussis un peu à dormir la tête dans le hublot, le son monotone du moteur eut raison de moi et je partis dans des rêves fous : le soleil, la plage, la mer, l’Afrique etc…, je me réveillai juste avant d’atterrir.
A mon arrivée passée la douane, je le vis il avait un pantalon blanc et une chemise rouge, moi j’avais un ensemble jaune…, lui était aussi brun que moi j’étais blonde, nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre et nous partîmes dans le studio où la première fois nous nous étions embrassés. Ce fut une nuit tendre et douce. Le lendemain. Il me fit découvrir Dakar et je nageais dans le bonheur. En nous promenant, il rencontra beaucoup de gens qu’il connaissait et chaque fois il avait du mal à dire qui j’étais pour lui. Peu importe c’était normal, on ne se connaissait pas et on ne savait pas ce que l’avenir nous réservait.
Le Dimanche nous sommes allés chez des amis qui avaient un cabanon à Bargny. Un cabanon en Afrique ce sont ces petites maisons en dur qui sont construites souvent pas les expatriés sur les plages du sénégal. On passa une excellente journée. Et sur la plage, il me dit « toi je t’épouserais »…. J’étais tellement convaincu de ce fait, que cela ne m’étonna pas. Pourtant je lui dis « mais on ne se connaît que depuis 3 jours à peine », il me dit ça me suffit amplement pour savoir que c’est toi que j’attendais…
Je fis connaissance à ce moment là de sa famille. Sa maman, son frère Atef, sa femme Zeinab et son autre frère Adel. Ils étaient attablés et mangeaient. Sa maman était en cuisine et je commençais à me dire que ce n’était pas normal qu’elle ne mange pas avec eux. Il me dit de ne pas me formaliser et que d’habitude elle mange avec eux. Je rentrais dans une famille musulmane chiite et j’avais des appréhensions qui sont vite parties devant les marques d’affection, de gentillesse et d’amour reçues par tous. Elle ne mangeait pas avec eux, parce qu’elle ne le voulait pas et non pas par tradition.
J’ai vu plus tard ma belle mère participer à tous les repas et ses enfants se comporter avec beaucoup d’amour pour elle. Son mari était mort en 1976, et au delà de la peine qu’ils ont tous ressentit pour lui, le soulagement fut total. Ce n’était pas un homme facile, il avait, d’après Aref, battu sa femme plus d’une fois et ses enfants n’avaient pas eu une vie tendre avec lui. Il était très dur.
Je revins au mois de juillet pendant 3 semaines au Sénégal pour mieux faire connaissance avec Aref bien sur mais avec sa famille et la vie dakaroise. Je connus Christiane l’amie de Khalil qui était de toutes nos sorties. Je fis la connaissance de Christian et de sa femme Romie.
Mais avant je fis la connaissance d’Adnan, le cousin d’Aref, un soir à l’apéritif. Il n’arrêta pas de critiquer Aref, en disant qu’il était un voyou plus jeune, qu’il n’avait rien, qu’il n’était pas sérieux et j’en passe.
Je me rappelle être sortie de là en me disant je dois le quitter avant que ce soit trop tard. Je le lui dis, il me répondit ne te formalise pas de ce que tu viens d’entendre, il veut à tout prix que je me marie avec ma cousine et c’est pour ça qu’il a été si médisant. J’étais tellement déçue que longtemps après je lui en veux encore de ce qu’il m’a dit ce jour là.
Heureusement pour Aref, nous étions invités chez Christian et Romy, et dans la soirée loin des regards, je posai la question de confiance : Christian tu es français comme moi, je ne sais pas où je vais, alors je te demande de me répondre franchement : Aref est-il sérieux ? et là Christian me répondit sans aucun encombre d’y aller les yeux fermés, Aref étant quelqu’un de bien, généreux, gentil, et toujours prêt à rendre service. En plus me dit-il c’est un grand travailleur, très courageux. Je le remerciais de ces informations tellement importantes pour moi. Je fus soulagée et c’est avec beaucoup de plaisir que nous continuâmes la soirée.
Mais, le temps du retour arrivait. Aref me dit de venir vivre à Dakar qu’il ferait tout pour moi. J’étais bien sur heureuse, mais je lui dis qu’il devait rencontrer mes parents, il n’était pas question que je parte sans qu’il ait vu mon père et ma mère.
Je rentrais sur Paris et tout de go j’annonçais à mes parents que j’avais rencontré l’homme de ma vie. Ma mère me demanda des explications et là je racontais toute l’histoire. La tête décomposée de mes parents ne fit nul doute sur ce qu’ils pensaient. J’étais folle, j’allais vivre avec quelqu’un que je connaissais à peine, en plus musulman, dans une famille musulmane. C’est vrai qu’il y avait de quoi s’inquiéter en tant que parent. Je leur dis qu’il allait venir, qu’il allait les rencontrer.
Ce qui se produisit, j’emmenais Aref à Créancey petit bourg de la Haute marne où mes parents avaient une maison.
Tout de suite, je sentis la décontraction sur les traits de ma mère et mon père. Je crois qu’en un clin d’œil, Aref les avait conquis. Tout se passa très bien, sans aucune gène et je voyais mon père et Aref se rapprocher et commencer tous les deux une histoire qui les mèneraient loin. J’étais heureuse. Aref demanda à mon père « ma main », que celui ci lui accorda. Je pense que d’emblée mon père avait cerné la personne d’Aref.
En octobre, je donnais ma démission, vendait ma voiture et tous ce qu’il y avait dans l’appartement, je fis une malle que je mis au bateau, puis je pris ma valise. Mes parents ne m’accompagnèrent pas à l’aéroport, ce fut Françoise (déjà mise au courant dès le premier jour de mes aventures) et mes deux frères.
Je les embrassai tous les trois, et c’est avec quand même beaucoup d’appréhension que je m’envolai pour Dakar.
CHAPITRE III
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Nous nous mariâmes en Janvier. Mes parents étaient venus et mon père était fier de m’emmener à la mairie. Le drapeau n’était pas bleu blanc rouge, mais qu’importe. Il était rouge jaune vert. La maire ne servant presque jamais, car au Sénégal, c’est le mariage coutumier qui prévaut, Ma mère et mes amies commencèrent à enlever la poussière des chaises pour que ce soit propre et que je ne ressorte pas avec une robe noire, le maire était un sénégalais assez âgé qui portait fièrement son écharpe en bandoulière. On s’aperçut vite qu’il n’avait pas l’habitude et surtout qu’il n’avait pas très bien lu le nom d’Aref, car il disait « Monsieur Charib » au lieu de Gharib, Aref, à chaque fois le reprenait, mais ça ne servait à rien, je donnais un coup de coude à Aref pour lui faire comprendre de laisser tomber, mais ça me faisait rire et toute la salle avec, Françoise était le témoin d’Aref et Nanou patron d’Aref était mon témoin, c’était moi qui avait choisi, mais j’avais inversé les rôles car je ne voulais pas qu’une française (Françoise en l’occurrence) soit témoin d’une française, je trouvais beaucoup plus beau que l’inverse se fasse, je voulais par ce geste faire comprendre à tous qu’aucune frontière ne peut interdire l’amour. Notre mariage fut simple comme l’était ma robe d’ailleurs. Lorsque le Maire nous demanda nos consentements, l’émotion m’envahit, je réussis quand même à dire « Oui », Nadia s’occupa de tout le buffet, les boisons furent gracieusement offertes par le supermarché « Filfili » celui dans lequel Aref travaillait. Ma mère n’était pas à l’aise car trop simple à son goût. Mes parents et ma belle-mère trônaient sur des chaises louées à un organisateur de soirée religieuse. Il faisait beau, pas trop chaud. Nous étions nombreux alors que beaucoup dans la communauté libanaise nous avaient dit avant qu’ils ne viendraient pas. Ils n’appréciaient pas du tout qu’Aref épouse une Française et qui plus est une française d’origine juive. Je crois que pour certains c’était trop d’un coup.
Au moment de couper le gâteau, la chanson de Pierre Bachelet « elle est d’ailleurs » se fit entendre, c’était notre chanson, elle nous collait à la peau. Nous étions heureux, très heureux. Je n’ai pas eu beaucoup de fleurs à mon mariage, mais j’avais un énorme amour pour Aref et lui pour moi, et ça remplaçait toutes les fleurs du monde. Cela ne m’a pas chagriné. Mon père avait fait faire mon bouquet de mariée, et j’étais très heureuse.
La soirée se poursuivit avec des danses libanaises, des chansons libanaises qui s’entremêlaient avec des chansons françaises. Ce soir là, il y avait 5 nationalités, libanaises, françaises, sénégalaises et guinéennes. Tout le monde dansait, chantait s’amusait. Rien que cela pour moi c’était le paradis. Moi qui déteste le racisme, je me nourrissais de toutes ces différences.
Aref et moi quittâmes la soirée pour aller nous reposer et passer notre nuit de noce à la résidence Cambérène, mais les amis d’Aref, ceux qui m’avaient accueillie en novembre prirent des voitures et nous rejoignirent dans le bungalow offert par la propriétaire des lieux. Ce fut la débandade dans la chambre, on se retrouva tous sur le lit, et chacun sautait en disant qu’il fallait pour les jeunes mariés assouplir le lit. J’ai les photos de ces moments là à la maison et c’est avec émotion que je les revois. Ils finirent par partir.
Le lendemain matin Adnan (le cousin), vaincu par notre amour et beau joueur, nous attendait à la réception, il nous emmena à Saint Louis dans l’hôtel qu’il tenait avec sa femme.
Il nous fit découvrir la région, et surtout le parc du Djouj où des oiseaux de toutes sortes et par milliers étaient là et profitaient de la douceur du sénégal. Je n’ai jamais vu autant de pélicans, de flamands roses et autres dont je ne me souviens plus le nom. Nous étions dans une barque au milieu de tout cela et je me disais que ce devait être ça le bonheur.
Après notre retour à Dakar, mes parents et amis repartirent en France. C’est avec beaucoup de chagrin que je les vis partir, mais Aref m’emmena me promener sur la « corniche » et m’assura que bientôt j’irais les voir.
CHAPITRE IV
Mon installation à Dakar fut des plus agréables, j’avais une petite bonne qui s’occupait de tout. Je n’étais pas habituée à donner des ordres et j’avoue que cette situation m’ennuyait. Je demandais à Aref de s’en occuper, je n’arrivais pas au début à m’ériger en « patronne », et en fait c’est elle « agnès » jolie sénégalaise de Casamance qui vint à ma rescousse. Elle fit tout toute seule, et je n’avais pas besoin de lui dire quoi que ce soit, cela faisait déjà longtemps qu’elle était dans le métier malgré son jeune âge, elle avait à peine 20 ans.
Je commençais une nouvelle vie, loin des miens, seule, mais l ‘amour que me portait Aref me satisfaisait entièrement, il n’y avait pas de télévision, il n’y avait rien. Je décidais donc de me plonger dans les bouquins que j’achetais à Dakar, et Christiane, l’amie de Khalil vint souvent me rendre visite… A Dakar, on n’appelle quand on vient chez les gens, on vient c’est tout, elle vint souvent et me fit découvrir le Dakar que je ne connaissais pas, celui des dakarois, le marché, les rues entièrement consacrées aux vendeurs de tissus, souvent libanais, là où on achetait la vaisselle, etc…., elle m’expliqua que des femmes viennent à domicile vendre les légumes et que c’est là qu’il faut acheter car beaucoup moins cher que dans les magasins. Ce que je fis, au début, c’est Nadia qui m’apprit à marchander, mais moi je ne voulais pas marchander la nourriture, c’était impossible pour moi, et je ne le fis jamais. Même si je sais que j’ai acheté plus cher, c’était toujours abordable pour moi, et au moins la vendeuse pouvait mieux vivre.
Je parcourais avec Christiane, tout Dakar, la plage, les salons de thé, le cinéma, le musée (que j’avais déjà vu), elle m’emmena au marché Kermel (là où le père d’Aref avait en son temps sa boucherie), bref, je crois avoir connu Dakar le vrai Dakar à ce moment là.
Le soir, la bande de joyeux drille arrivait après manger et c’est souvent que nous partions au Casino, Aref n’étant pas le dernier à laisser quelques sous à la roulette. Les boites, le casino, le cinéma, les soirées sur la terrasse entre amis, c’était vraiment une magnifique vie…
Mais, je commençais à m’ennuyer, je n’avais pas l’habitude de ne pas travailler, je tombai malade, le paludisme me rattrapa, j’ai jamais été aussi malade, le froid, le chaud, le gel, toutes les cinq minutes, j’avais la météo dans mon corps, un coup en hiver, un coup en été, bref, je me demandais jusqu’à quand je tiendrais le coup. Le docteur vint et me dit qu’une infirmière me ferait des injections de quinimax, Aref ne me dit rien. L’infirmière arriva et c’est sans appréhension que je tendis ma fesse. Le produit injecté était si dense en huile que je n’ai jamais ressenti autant de souffrance aussi longtemps. L’horreur dans toute sa splendeur. Mais c’était efficace puisque la crise cessa.
Le Docteur me dit à ce moment là qu’il fallait un an pour que le corps s’habitue à l’Afrique. C’était vrai, j’ai eu toutes les maladies africaines, le palu, le ténia, la typhoïde, les infection urinaires, les coliques néphrétiques, et pour couronner le tout un ver de cayor, (mouche qui pond et qui laisse son petit)…
Après cette adaptation assez rude, je me sentis mieux, mais je recommençais à avoir des nausées le matin, je ne pouvais rien avaler, et c’est au mois d’avril que j’appris mon état. J’étais enceinte. A la fois heureuse, mais triste d’être seule sans parent et surtout sans ma mère qui m’aurait, dès le départ, donné des conseils certainement fort judicieux.
Je ne savais pas où aller, quel médecin voir, je n’en connaissais pas (sauf mon généraliste, le docteur Kaouk), mes belles-sœurs avaient diverses adresses à me donner, et chacune me disait que le sien était le meilleur. J’y comprenais rien, je ne savais plus qui disait vrai, qui disait faux, en fait ils étaient tous bons.
Je retournais chez mon docteur et je lui posais la question, chez qui dois-je aller ? Il me dit sans hésiter chez le docteur Aïdibé. Pourquoi lui ? Parce que, me dit-il, j’ai envoyé ma femme accoucher chez lui et si je n’avais pas confiance, je ne l’aurais pas fait. Argument tellement évident que je me sentis soulager, enfin j’avais une adresse.
Des années après, alors que je rencontrais sa femme, je lui expliquai ce qu’il m’avait dit, elle éclata de rire et me raconta que lorsqu’elle était prête à accoucher, dans le salon Aïdibé (Mahmoud) Kaouk (Majdi) et un autre médecin faisaient une partie de poker. Elle sentie qu’elle allait accouché, elle les appela, après une vague osculation, ils lui dirent que ce n’était pas pour maintenant, 10 minutes après elle arriva dans le salon en disant qu’elle perdait les eaux, et c’est avec mauvaise humeur que Aïdibé l’ausculta de nouveau et là, il hurla « A la clinique, elle accouche »…, alors me dit-elle tu parles d’un argument, c’était tout juste s’il ne fallait pas que j’attende la fin de la partie de cartes.
Donc, je fis la connaissance de Mahmoud Aïdibé, un homme adorable, drôle, qui me tutoya tout de suite, il faut dire que Aïdibé, kaouk et les autres étaient des copains d’enfance d’Aref, alors l’accueil et la relation avec eux était facile. Je me mis à pleurer comme une gosse exprimant ma solitude. Il me dit qu’il comprenait que ce n’était pas facile pour moi l’arrivée dans une famille libanaise et le changement de culture de pays, qu’il ferait tout pour m’aider, en tout cas dans son domaine, et ce fut vrai, j’ai toujours eu devant moi non seulement un médecin, mais surtout quelqu’un à mon écoute et chaque fois que je repartais de chez lui, j’étais mieux.
Nanou me trouva un travail dans le supermarché, pratiquement deux mois avant d’accoucher, je m’occupais du service « crédit clientèle » et longtemps avant nos cartes de crédit, il y avait un système de chéquier au ranch Filfili, les gens payaient avec ces chèques et à la fin du mois, je faisais le compte et j’encaissais.
C’est là que je commençais à connaître beaucoup de monde, les clients, principalement des français, pouvaient à mon avis changer le sens de ma vie. Je fis la connaissance de Sylvie, une orthophoniste. Elle nous invita chez elle. C’était une jolie maison, mais à l’intérieur un joyeux capharnaüm, son mari était architecte, et je me sentis bien avec elle, elle avait invité également Maï et Claude, et un autre couple, nous passâmes une joyeuse soirée et Sylvie qui était aussi une fine psychologue se rendit compte très vite qu’il était important pour moi que je fréquente des Français, j’en avais besoin, non pas que la France me manquait mais surtout la culture française, j’aimais bien parlé de littérature, de cinéma, de théâtre, et avec eux je retrouvais un peu de mes racines. Aref était à l’aise également dans ce milieu car son intelligence faisait qu’il s’intéressait à tout, même s’il s’en défendait. Sylvie me dit alors que lorsque les premières douleurs se feront sentir, il fallait qu’Aref vienne et elle s’occuperait de moi. J’étais très heureuse car elle était plus âgée que moi et ça me rassurait.
Vers 19 heures, le soir, j’étais au bureau avec Aïda, sœur de Nanou, et je sentis des douleurs dans les reins, Aïda, à qui j’en parlais, me dit tout de suite de regarder l’heure, cinq minutes après cela reprit, elle courut chercher Aref qui était dans son labo et nous partîmes tout d’abord à la clinique. L’heure n’était pas venue et on me dit de rentrer chez moi. Aref prévint Sylvie, je pris ma douche et après manger, Sylvie vint s’allonger à côté de moi dans le lit. Au début, ça allait et nous papotions tranquillement, mais les douleurs furent plus fréquentes et malgré les histoires « le petit chaperon rouge » et autres contes d’enfant, je commençais à ne voir que la fée carabosse, blanche neige n’existait plus, le Loup avait bouffer le chaperon rouge, l’ogre s’était fait un gueuleton du petit poucet et de ses frangins, je commençais à me sentir mal. Vers 2 heures du matin, Sylvie dit à Aref de m’amener à la clinique où je fus reçue par une sage-femme et comme entrée en matière j’eus droit à « Oh comme elle est douillette », cette conne ne savait pas que depuis 19 heures je morflais. Ce calvaire dura toute la nuit, Sylvie me dit lorsque les contractions arrivaient de fixer un tableau dans la chambre et de respirer. Bien entendu, je n’avais eu aucune préparation à l’accouchement, et la respiration du petit chien, devenait la respiration d’une vache… Sylvie m’aida, et vers 7 heures, elle partit, pour s’occuper de ses enfants.
A 8 heures très précis, je perdis les eaux, on me transporta dans une salle de travail, et là je crus bien naïvement que j’allais accoucher. Que nenni, cette sage-femme et sa sœur « Batoul et Fatmé », commencèrent à me laisser souffrir, il n’était pas question pour elles de m’accoucher car j’avais un docteur et comme c’était lui qui m’avait suivie, il devait venir. Mais quand ? la grande question. Aref dit à Batoul de m’accoucher et elle refusa. J’attendis donc dans des douleurs atroces, la péridurale n’existait pas, et je sentis que je m’endormis, je voulais mourir, ne plus rien entendre, mourir et basta, j’étais tellement fatiguée. Mais dans sa grande bonté Batoul me retourna une belle gifle pour me réveiller. Aref ne supporta pas et alla chercher le directeur de la clinique le Docteur Bassoun, il lui dit que j’allais mourir s’il me laissait dans cet état. Il arriva et sur ses talons Aïdibé arriva lui aussi, il était furieux, il vit mon état et vu que je ne pouvais plus rien faire, Bassoun montât sur mon ventre et me fit ce qu’on appelle des expressions, les forceps, la ventouse entrèrent en action ainsi qu’une épisiotomie. Vers 11 heures arriva Delphine, j’étais tellement fatiguée que la seule chose que je lui dis c’est « t’es moche pauvre totote »…. Elle était toute grise, on aurait dit un crapaud.
J’en voulais à ces connes, et ce fut une autre sage-femme qui finit l’accouchement. Je partis dans ma chambre, et je m’endormis.
Plus d’une heure après, j’ai bondi sur la sonnette « où est ma fille ??? on m’a pris ma fille ??? », les infirmière sont vite allée la chercher, et là on a commencé à faire connaissance. Elle était toute rose, toute belle, un vrai bébé splendide… je l’ai pris contre moi, et je lui ai promis de l’aimer très fort toute ma vie. 26 ans après je l’aime très fort et elle aussi, on est très complice, on peut tout se dire, on ne se juge jamais.
Khady entra dans la chambre.
CHAPITRE V
Qui est Khady ?
Khady est venue travaillé chez nous, j’étais enceinte de Delphine, et elle de « Pape », elle aussi m’a beaucoup aidé, car souvent seule, je ne travaillais pas encore je me posais beaucoup de question sur ma future vie de Maman, naturellement, elle, ne s’inquiétait pas, je pense qu’elle, était déjà mère, avant d’être mère, je me suis entièrement reposée sur elle, quand j’ai accouché, elle était là, quand je me suis réveillée de ce cauchemar, elle avait déjà tricôté bonnet, gilet, pour Delphine, et dès qu’elle l’a eu dans les bras, elle m’a dit « c’est ma fille », oui Khady, c’est ta fille, car tu l’as soignée comme ton enfant. Peu de temps après, c’est elle qui a ressenti les premières douleurs, j’ai absolument voulu qu’elle reste chez nous. Nous l’avons ammené à l’hôpital et je crois que le comble de l’horreur je l’ai vécu avec elle, j’étais scandalisé par l’accueil qu’on lui a réservé, on l’a osculté sur une table de travail à même le fer, sans matelas, sans rien. On lui a dit « monte chez le docteur », on l’a soutenu Aref et moi, elle n’en pouvait plus, mais là j’ai vu que la condition de la femme était bafouée jusqu’à son paroxysme. Un chien aurait été mieux traité. Elle était prêt à accoucher. On attendit derrière la porte, et on la vit ressortir, je lui ai dit, « ils te gardent pas ? » « Non » il m’a dit rentre chez toi. J’en voulais à cet homme, je voulais y aller, faire un scandale, mais c’est elle qui m’a retenue. Elle m’a dit « je lui ai demandé, si je pouvais resté à l’hôpital, il m’a répondu : « tu peux dormir par terre sur le carrelage.. »… On l’a ramenée à la maison, dans un bon lit. Je l’ai veillée et le lendemain on est retourné à l’hôpital, bien décidé à ce qu’elle y reste. Comme par hasard, ce jour là, il y avait un ascenseur … j’étais déjà verte de rage. Nous sommes restées son mari et moi derrière la porte. Et ils l’ont finalement gardé. Ouf… elle a accouché de son petit « Pape » et …elle est ressortit dans l’après-midi… Elle est revenue à la maison, tranquillement, j’avais une autre bonne, et donc elle a fait son repos bien surveillée par nous tous.
Je me suis rendue compte combien les gens de même race pouvaient être cruels entre eux… J’ai pris une grand claque ce jour là. Naïvement, je pensais qu’ils étaient solidaires. Tu parles, c’était à vomir….
Khady est partie s’occuper de sa famille, et nous avons poursuivie notre vie sans elle. De temps en temps elle venait nous voir avec Pape. Elle venait voir sa fille, Delphine.
C’est après que Amy est rentrée dans notre vie.
Je ne peux oublier aussi Amy, mon adorable Amy.
Un livre entier devrait lui être consacré. Amy, c’est un ange à elle toute seule. Elle travaillait chez nous. En Afrique, tout le monde a une bonne. Mais Amy, je ne l’ai jamais mise à son rang de « bonne », Amy, c’était notre grand-sœur, notre mère, notre « amie » à nous, elle nous dorlotait comme ses enfants, elle nous donnait à manger comme une mère donne à manger à ses enfants, elle faisait attention à notre bien être, elle était là dans les bons et les mauvais moments, elle nous rassurait, elle veillait sur mes enfants comme une louve sur ses petits. Surtout Delphine qu’elle a vu grandir. Si je voulais taper Delphine, justement parce qu’elle n’était pas gentille avec elle, Amy se mettait entre nous. Pourtant, parfois Delphine exagérait. Surtout vers 2 ans ½, elle était très turbulente, et parfois impolie. Mais Amy pardonnait, Amy grondait, mais Amy pardonnait, parce qu’Amy était mère avant tout.
Puis Amy souffrante, a dû nous quitter. Elle ne pouvait plus travailler, elle avait un pied enflé et malgré les docteurs que nous avions consulté, on ne savait pas ce qui se passait.
Elle décida de partir. Je n’ai jamais autant pleuré, car je savais que notre Perle rare s’en allait. Je lui fis promettre de venir nous voir, de ne pas perdre le contact. Mais elle habitait loin et son pied la faisait souffrir. Nos chemins peu à peu se séparaient… Amy, mon cœur était lourd. J’ai tant pleuré, Delphine aussi et Aref avait grand peine aussi.
Peu de temps après je suis rentrée comme secrétaire du sous directeur à l’AFD, Bailleurs de fonds français. Je fis la connaissance d’autres personnes que celles fréquentées jusqu’à présent, mais là totalement sénégalais/français. Je m’occupais outre le secrétariat du S/Directeur de tout ce qu’étais courrier. J’avais avec moi pour m’aider dans ma tâche : Saliou, Kébé, Abdou, Mamour, Dabo. Moi je n’aimais pas commander, je n’aimais pas donner des ordres, alors au début j’ai fait quelques impairs, puis, comme au début de mon aventure, ce sont eux qui m’ont appris. Ils étaient très rodés à leur travail, ils savaient exactement comment faire, de plus, ils connaissaient Dakar comme leur poche, je suis restée 5 ans, avec eux. Très vite, une solide affection est née entre nous. Bizarrement, j’avais plus d’affinité avec les Sénégalais qu’avec les Sénégalaises de l’agence. Je pense qu’on était pas toujours sur la même longueur d’onde, et surtout que le rythme africain (de travail) n’avait rien à voir avec notre rythme, La plus belle phrase que Saliou le chauffeur me disait : « Soubat, Inch’Allah », ce qui veut dire « Demain, si Dieu le veut »… mais un jour je lui ai dit « Non Saliou » par Soubat Inch’allah », Mais « Teil, Inch’Christiane »..ce qui veut dire « Aujourd’hui car Christiane le veut » …il est resté perplexe et d’un coup, comme il savait le faire, il a éclaté de rire…Parfois, quand je m’énervais il disait « fais doucement, Christiane, fais doucement », Il était exceptionnel, je l’appelais le Lucky Luke du courrier, il allait tellement vite que parfois je lui demandais la même course, et il disait mais je viens d’y aller… Quoi tu es déjà revenu ? J’en revenais pas. Pour parler de Kébé, c’était aussi un bosseur, et un ami, il était plus cool que Saliou, mais tellement attachant, toujours le petit mot pour faire plaisir, et puis mon ami Abdou, qui était planton. Je m’étais rendue compte combien ce garçon était intelligent, il était plein d’humanité, d’amour, toujours prêt à me rendre service, vers onze heures, il venait souvent dans le bureau pour m’apporter des noix de cajou, des cacahuettes, toujours souriant, très sérieux dans son travail. Un jour je lui ai demandé d’enregistrer le courrier à partir, classer les doubles, enfin du travail simple, et je m’apercevais qu’il mettait un grand soin dans ces taches somme toute très ingrates. Lors d’un entretien avec le Directeur, je lui fis part de mes remarques, en lui faisant remarqué qu’Abdou avait certainement mieux à faire que « Planton ». Mon Directeur en prit note, et aujourd’hui, Abdou est comptable. Je l’ai revu à Paris, en formation. Je lui ai fait visiter la Capitale. Nous avons pris un nombre incalculable de photos devant la Tour Eiffel… Il était si heureux, et moi aussi.
Tous m’ont donné tant d’amour, qu’à chaque fois que je pense à eux, je pleure…
Plus tard, j’ai eu David en 1989, j’étais enceinte et je revis Khady (amy était partie à cause de son pied), beaucoup de bonnes avaient pris leur place, mais pesonne comme elles d’eux n’avait pris leur place dans notre cœur. Dès que je la vis, je lui dit Khady j’attends un petit et toi tu es la seule qui peut t’en occuper. Et c’est comme ça qu’elle a repris du service dans notre vie….
Je n’ai plus revu Amy revue ni entendu parler d’elle depuis notre retour en France. Puis, un jour, il n’y a pas très longtemps, une des mes collègues venant de l’Agence me dit qu’elle avait de ses nouvelles. Amy avait essayé de nous chercher, elle était peinée de ne plus savoir ce qu’on devenait. Alors, Anta lui donna mon numéro de téléphone, si bien qu’au bureau j’ai reçu un étrange message : « bonjour Christiane, je voulais avoir de vos nouvelles. Comment va la famille ? bisous »….. et voilà, sans numéro de téléphone et sans dire qui c’était. Mais entre des millions de voix j’aurais reconnu la sienne. C’était elle… je me mis à pleurer et surtout les souvenirs défilèrent comme un film qu’on rembobine à vitesse grand « v ». Je dis à Anta que j’avais bien eu un message, mais aucune possibilité de la retrouver puisqu’elle ne m’avait pas laissé de numéro de téléphone. Heureusement Anta avait son numéro que je pris soin de noter.
J’attendis avec impatience la venue d’Aref et je lui raconta. Il me dit « appelle là tout de suite ». Fébrilement et en essayant de me contenir dans mes émotions, je fis le numéro, elle décrocha et je dis simplement « Bonjour Amy »… et là l’explosion de joie, d’émotion, de pleurs, on était dans un étourdissement de sentiments, de joie, de peine. Même en écrivant je ne peux retenir de larmes. On avait enfin retrouvé notre Amy, notre chérie, notre Ange gardien, tout se mêlait, s’entremêlait.
Après avoir repris nos esprits et un peu de calme, je lui demandais ce qu’elle était devenue. Elle me dit que des Chinois vivant à Dakar avaient réussi à soigner son pied à partir de plantes Elle était voyante, elle lisait l’avenir dans les cauris, petits coquillages d’afrique. Elle gagnait bien sa vie, elle était très forte et beaucoup de gens venaient la consulter. Je savais qu’elle voyait car chez nous, parfois elle nous le faisait, et toutes mes amies venaient pour qu’elle fasse les cauris. Elle était déjà très forte à l’époque, mais elle refusait toujours l’argent.
J’étais heureuse qu’elle aie pu s’en sortir grâce à ça. Elle me dit qu’elle n’était jamais repartie travaillé chez d’autres gens. Elle avait été si heureuse avec nous. Et nous Amy, si tu savais combien tu nous as rendu la vie douce, heureuse et pleine de bonheur. Depuis nous nous téléphonons très souvent. Lors d’une de nos conversations, elle m’a tiré les cauris, et m’a exactement dit ce qui nous était arrivé à notre retour en France, nos problèmes financiers et médicaux. Tout y était.
J’ai aussitôt appelé Delphine, et on lui a téléphoné ensemble, mais j’ai passé directement le combiné à Delphine. Elle lui a dit « Allo Amy » sans rien d’autre et là rebelotte « C’est toi ma chérie, oh je suis si heureuse », et voilà c’est Amy, ma douce Amy, mon ange… Elle doit venir à Paris en juillet, quelle joie nous aurons de nous retrouver, de nous embrasser, et quelle fête nous allons faire, nous allons la combler de tout ce qu’elle peut désirer, comme on comble une maman, une sœur, un frère, un ami, que l’on a pas vu depuis longtemps et dont on ne voudrait plus se séparer.
Plus tard, j’ai eu David en 1989, j’étais enceinte et je revis Khady (amy était partie à cause de son pied), beaucoup de bonnes avaient pris leur place, mais pesonne comme elles d’eux n’avait pris leur place dans notre cœur. Dès que je la vis, je lui dit Khady j’attends un petit et toi tu es la seule qui peut t’en occuper. Et c’est comme ça qu’elle a repris du service dans notre vie….
Jusqu’à notre départ en France. Mon pays me manquait, et je voulais que Delphine rentre avant le collège, à l’école en France.
Donc est venu le temps du retour en France, un jour de décembre 1991. Il faisait froid, on est passé en 5 heures de 30 ° à – 5°, les enfants ne comprenaient pas.
Pour leur faire plaisir, je l’ai ai emmené à Auchan, ils ne connaissaient pas les grandes surfaces, on était presque à Noël. Quand nous sommes arrivés, ils se sont dirigés vers les jouets, ils en avaient jamais vu autant de leur vie, mais moi ce qui m’a choqué ce sont les étalages d’aliments, de toutes sortes que ce soient légumes, fromages, poissons, bouteille de liquide en tout genre, et surtout les tonnes de boites de chocolat. On dit bien que lorsqu’on réalimente quelqu’un, il faut y aller doucement, sinon il vomit, et bien là ce fut pareil, j’ai attrapé les 2 enfants, et on est vite sorti, et j’ai vomi…je n’étais plus habituée, mes yeux n’avaient pas vu autant de nourriture depuis bien longtemps et ça m’a porté au cœur.
15 ans après je n’arrive toujours pas à aller dans ces grandes surfaces, ou si j’y vais, je vais vite au rayon où je dois aller et je ressors vite… je ne peux pas. Heureusement qu’Aref travaille dans un supermarché parce qu’on ne mangerait pas beaucoup. Je peux simplement aller chez lidl, ou aldi, mais pas dans les grandes surfaces. Ca me prend à la gorge et je dois sortir.
Aujourd’hui, Delphine a 26 ans, David 19, lui n’a aucun souvenir, Delphine est repartie à Dakar voir sa famille, moi je ne veux plus y retourner, trop peur des souvenirs, trop peur de revoir les endroits où j’ai vécu, et où je me mettrais à pleurer….
EPILOGUE
Je suis heureuse d’avoir vécu cette aventure africaine, cela m’a tant apporté, tant dans les rapports humains, mais surtout, surtout maintenant je sais que chaque personne
rencontrée sur mon chemin qu’il soit, blanc, noir, arabe, chacun a sa manière m’a construite, m’a fait évoluée.
Maintenant, nous poursuivons notre vie doucement, et nos souvenirs font nos plus belles soirées…..
Dédicace :
A tous Libanais, Sénégalais, Français
Sénégalais : Dieuredieuf
Libanais : Choukran
Français : Merci……..
A mon Mari
A mes amours
A mes parents décédés aujourd’hui…..
1 commentaire:
J'ai lu avec beaucoup d'interet votre texte, j'ai eu l'impression de voir défiler votre vie, tellement votre écriture est parlante.
je vous encourage vivemeent à continuer !
j'ai hate de lire la suite, pourquoi avez vous quitté dakar ?
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