Libellés

mes petites histoires

dimanche 24 février 2008

Une histoire toute simple

LE RER A


DES MATINS, DES SOIRS FRANCILIENS

Et je prends la plume sans trop savoir pourquoi, pourtant au fond de moi j’ai le sentiment que quelqu’un me dit écris…..

Et voilà encore des problèmes de RER, pourtant ce matin j’ai pas envie que l’on m’ennuie, je regarde dehors, malgré le mois de janvier, les champs sont recouverts de jeunes pousses. Au mois de juillet, il y aura des tournesols. La voix au micro dit « nous sommes arrêtés quelques instants, ne descendez pas sur les voies », bien sur, on n’a pas envie d’être happé par un autre train qui lui, ô miracle, roule…., ma pensée s’évade.

Je me revois petite dans ces tournesols et cette lavande de la Drôme, je joue, je dévale les montagnes, je m’amuse dans le torrent, je suis heureuse, je suis gaie, mes frères me poussent, mais font attention à moi, je suis petite et fragile, c’est maman qui l’a dit, elle le dit tout le temps « Gilles fais attention à ta sœur, elle est petite »….et Gilles me prend la main et m’emmène, toujours près de moi celui-là, toujours protecteur… moi je l’aime mon frangin, même 40 ans après, je l’aime comme quand on était petits.

Il y a foule ce matin dans le RER, évidemment, on a encore eu des trains de supprimés, alors ça se bouscule, ça fait la tête, ça rigole pas…, les gens ont la tête baissée des mauvais jours, le premier qui bouge, aura droit à la curée…. C’est sur…

Et, on ne bouge pas et je m’évade, et je m’envole au dessus de ces rails, je suis au dessus, et moi je pars, vers où ? l’Ouest, le Nord, le Sud vers où ? Allez décide toi, …. Vers le Nord, tiens je vais à Lille, non à Melville pays de ma grand-mère, là où petite elle poussait les chariots dans les mines. J’aime les gens du nord, j’aime le patois, l’histoire, les corons. Je trouve qu’il serait bien qu’une seule fois comme ça, une seule fois, les gens du Nord aillent au Sud et que ceux du Sud aillent au Nord, ça serait drôle d’entendre parler chti à Marseille, et marseillais à Lille…. C’est n’importe quoi, et nous les parigots, les « franciliens » comme on nous appellent on est d’où hein ? de nulle part… d’entre deux monde….. et on se croit les meilleurs, les plus forts…. Tu parles, quand tu vois leur tête ce matin, t’es le roi de quoi toi le monsieur au manteau marron, de ton bureau, te ton appart, de quoi es-tu roi de rien du tout, et pourtant faut entendre les gens d’Ile de France se fichent des provinciaux… ah ah ah que c’est drôle, bande d’imbéciles, ce sont eux l’histoire de France, pas vous, pas moi, mais eux….

Je sais pas ce que j’ai, je m’énerve, j’ai chaud, avec ma doudoune trop imposante, qui ne sert à rien vu qu’il ne fait pas froid, j’ai envie de l’enlever, mais je sais que ça va gêner ma voisine, qui est en train de bouquiner, « et si c’était vrai » de Marc Lévy…. Je l’ai lu, je comprends qu’elle ne veuille pas être dérangée par une manche de doudoune qui lui passerait devant… même un « excusez moi » lui ferait pas lever le nez de son bouquin.
Et puis devant moi, celui qui me touche les genoux, c’est normal, vu comment les sièges sont placés qu’à un moment ou un autre, on se touche…. C’est sexuel le RER !!!!! donc cet homme devant moi prendrait de plein fouet mon autre manche, oh la la, non je vais pas bouger sinon ce sera la guerre, et les mitraillettes à la place des yeux, j’ai juste le droit d’enlever mon écharpe et de la glisser subrepticement dans mon sac à main… que j’ai posé par terre vu que même ça on peut pas le garder sur les genoux, ça gène les voisins….

Une dame a un malaise, allons bon, manquait plus que ça…. Une autre crie « ouvez la fenêtre » faut qu’elle respire !!!! quelqu’un pourrait-il donner sa place ???? évidemment je regarde aux alentours et d’un seul coup tout le monde dort… Bah voyons !!! surtout les bonhommes pffff ça m’énerve encore plus alors je file un coup de genou plus appuyé à mon voisin qui se réveille (tu parles il dormait pas oui), et se sent obligé de se lever, il me fusille du regard, ça y est je suis morte, mais je m’en fou au moins j’aurais réussi à faire lever un de ces « messieurs », la dame vient s’asseoir en face de moi, elle est toute pâle, comme j’ai toujours de l’eau je lui donne ma bouteille, j’ai l’impression que je lui donne un trésor tellement elle me remercie… ce n’est rien, je dis, c’est normal… mais qu’est-ce qui est normal aujourd’hui….

La voix nous dit encore de patienter, tout le monde râle, ah ça pour râler on sait râler, je crois que les français sont les champions olympiques toutes catégories de la râlerie, la petite râlerie, celle de tous ces matins où on se réveille en retard, la grosse râlerie, celle où on a raté le train et la très très grosse râlerie, celle où y a pas de trains… Bon, j’attrape comme je peux mon portable « allo, oui c’est Ch…. J’ai un problème de train, on est coincé »…. Comment ça « encore » et bah oui « encore »…. J’y peux rien, j’habite en grande banlieue comme des millions de français, qui n’ont pas les moyens d’habiter à Paris, « hein, quoi, vous ça a marché ??? » vous comprenez pas ???? t’inquiètes attends que j’arrive au bureau, je vais te faire une dessin…. M’énerve celui-là à pas me croire…. Pfff ça y est j’ai la râlerie qui commence, je vais leur ressembler, ah non pitié pas ça…

Le train repart ouf…. C’était « une avarie », et ta sœur elle est pas avariée… tous les jours y a des avaries, des accidents de personnes, ou rien du tout et pourtant on est obligé d’attendre, tous les jours….

Bon, on se détend, la dame en face de moi a retrouvé des couleurs, l’air frais qui arrive lui fait du bien. C’est une dame d’entre 2 âges, elle a un manteau noir, des bottes, une écharpe, elle est blonde décolorée, des lunettes « Dior »… c’est marqué sur ses branches…, son rouge à lèvres trop rouge a terni avec son malaise, elle n’est pas maigre, elle n’est pas grosse, allez qu’est-ce qu’elle fait au pif, …. Dans une banque, c’est sur … je la vois très bien derrière son guichet…. Avec ses talons ce soir elle aura les pieds enflés, bien fait je n’aime pas les banques… Non, je dois pas dire ça, elle y est pour rien si j’ai des problèmes de fric, bon allez on va dire qu’elle travaille dans les assurances… bah c’est une voleuse alors ….. mais non dis pas ça, ils sont pas tous voleurs… enfin il paraît…..

Si elle me regarde encore, je lui demande, pour l’instant, elle boit à la bouteille, je lui demande « ça va mieux ? » « Oui » me dit elle merci… allez je me lance « J’espère qu’à votre travail vous êtes assise ? » ça ira mieux … elle me répond avec un gentil sourire… zut, je vais pas savoir…bon !!! je vais pas insister, là elle me tend un bonbon, non merci j’aime pas la menthe, je déteste la menthe, et dans le train les gens ils n’ont que des bonbons à la menthe, jamais de bonbons au chocolat, oh non ! vous savez ma ligne…. Moi je m’en fou de ta ligne, j’ai faim de chocolat pas de menthe qui pique la bouche….

Bon, alors elle fait quoi cette suceuse de bonbon à la menthe ??? ça doit être une chef, c’est même sur, elle n’a pas téléphoné pour dire qu’elle arrivait, elle n’a pas non plus dit qu’elle avait eu un malaise, c’est une chef, une courageuse, le genre, j’affronte mais j’arrive, je ne manque pas un jour moi Madame, même grippée avec 40° de fièvre, je suis là. J’ai accouché à l’heure du déjeuner, mon entreprise est debout grace à moi…. N’importe quoi, dans pas longtemps, ils vont te dire « t’es vieille, on sait plus quoi faire de toi » et « ton entreprise », sera leur entreprise, et toi dehors Adieu…

Elle me regarde, ça y est elle va me dire…. « Je travaillle à la gare de Lyon », tiens bingo, une SNCF m’en doutait, ça y est je la vois derrière son guichet, « Oui vous voulez quoi ???? parlez plus fort….. quoi . ???? dans le micro ??? un aller-retour Paris-Marseille…. 150 euros Hein oui c’est cher, mais vous restez que 2 jours pour que ce soit moins cher faut rester plus de 2 jours, bah oui, …. C’est comme ça… ah vous connaissez personne à Marseille, et bah prenez un hôtel à Marseille, Quoi, ça fera aussi cher que si vous ne restez pas… Oh écoutez faites ce que vous voulez, mois je vends des billets, pas des renseignements… »

Je réagis, je lui dit « ah vous travailler pour la SNCF », non me dit elle…. Je travaille « au refuge sous la gare de Lyon, » pour les SDF….. et là …. Je me sens très mal, très mal, j’ai honte, je rougis, je verdis, je me sens mal… et bêtement je dis « Oh pardon »…. Pourquoi me dit elle… « Pardon », bah oui pourquoi j’ai dit ça moi ???? pardon. C’est à moi que je dis ça, je me pardonne toute seule de ma connerie…Non mais y a des jours, vaudrait mieux, que je reste couchée moi au lieu d’agresser sans savoir….

Je regarde par le fenêtre, je sais où elle travaille, c’est sous le pont de la SNCF, il y a un refuge où les SDF viennent manger… j’ai une amie elle aussi elle va le vendredi après son travail, donner à manger à « la mie de Pain ». Je les admire ces femmes qui sont bénévoles et qui prennent du temps pour les autres…Moi je le ferais à la retraite… c’est bientôt enfin dans 10 ans…. Putain !!!! 10 ans encore à prendre ce foutu RER… peut être qu’on aura des TGV pour aller bosser !!!! non je plaisante…

Bon on est enfin arriver à Achères 1 heures pour faire 4 km, et comme dit la pub « Avec le train vous y seriez déjà »… manque pas d’air ceux là je te jure…. Attends que j’écrive un bouquin, je vais leur raconter les voyages sympathiques qu’on fait dans leurs wagon à bestiaux…

Enfin les portes s’ouvrent, mais évidemment personne ne descend, personne ne descend jamais le matin à Achères, au contraire tout le monde sur le quai, pousse pour monter, et ça hurle, poussez pas, y a plus de place….

Et voilà, un wagon qui peut contenir 100 personnes en contient maintenant 300…, c’est normal, je suis sure qu’on peut encore se serrer, d’ailleurs on verra à la prochaine gare… je rigole d’avance, je devrais pas, pour une fois que j’ai une place et que je peux jouer à la spectatrice… et franchement ça vaut le voyage, ce spectacle horrifiant de viande fraiche que l’on déplace le matin… ça sent de tout, du parfum du bon, du mauvais, du moyen, des relents de la veille, de l’ail, de l’oignon, vous savez pas que ça existe les brosses à dents, j’ai envie de crier que vous êtes une bande de dégueulasse mais je me tais, vaut mieux, si je veux rester en vie,… mais franchement l’horreur dès l’aube.

Le train repart tranquillement, traverse la forêt de Saint Germain, une torpeur s’installe, j’en vois qui dorment debout, je me moque pas, je l’ai déjà fait, si, si on peut, bien calée contre la porte, on y arrive…

Ma voisine de droite, toujours plongée dans son bouquin, pique du nez… allons bon, l’est pas bien son bouquin ??? bah si…

A côté de la suceuse de bonbon, une jeune fille va en cours, jean, MP3, bottes blanches … petit haut, une doudoune, oui elle va à « Sartrou » comme on dit, au lycée professionnel… à force de croiser les élèves on sait à peu près quelle études ils font…

Ceux qui ont un tout petit porte documents, en général ce sont ceux qui descendent à Nanterre « U » Nanterre Université… ceux qui ont un gros sac à dos, sont des collégiens, ils ont beaucoup de matières…

La chaleur monte de plus en plus, j’en ai marre, je me dis que c’est pas humain, mais bon j’ai de la chance moi je ne change pas de train. Beaucoup d’entre nous font des heures de train, de métro et parfois de bus, alors te plains pas…

Je regarde à nouveau par la fenêtre, c’est mieux, on passe la seine, c’est calme, il y a de la brune, la journée va être belle, quelques péniches s’en vont décharger leur «sable, ou leur gravier, j’aime les mariniers, peut être parce que je les côtoies souvent, vu que j’habite à Conflans, j’ai déjà été sur une péniche, c’était super, un vrai appartement avec en plus de l’eau, et un rouli très doux… Les mariniers ils sont souvent du Nord, et le café coule à flot chez eux, chaque fois que je vais voir mon amie Sylvie qui est à terre maintenant comme elle dit, elle me propose un café, y a toujours du café chez les gens du nord, chez les mariniers, et chez les gens qui ne sont pas très riches… mais un café pris avec eux c’est plus riche qu’un thé pris dans le 16ème, y a les blagues des mariniers, y a l’accent, parfois ils parlent tellement vite qu’il faut faire répéter…, j’aime mon amie Sylvie, ses enfants sont un peu mes enfants.

Je me souviens dans mon enfance de ce feuilleton « l’homme du Picardie », et quand je flâne à conflans, je peux retrouver tous les endroits où a été tourné ce feuilleton.

Et puis il y a le musée de la batellerie, j’y suis allée un bon nombre de fois, et c’est intéressant de voir comment un cheval pouvait tirer une péniche.

Du musée, je regarde la seine, on est en hauteur, et si j’avais des ailes….

Aie, doucement !!! tiens je me suis endormie, on est où ?? la grande question « Sartrou », tiens j’ai pas vu Maison Lafitte, c’est pas grave, j’ai rien à y faire….

Bon, va falloir que je me réveille moi, qu’est-ce qu’il fait chaud, je transpire avec cette doudoune …. Bon alors opération importante enlever cette doudoune …. Excusez moi, pardon, je suis désolée, mais j’en peux plus… oh la la, ça y est je lui ai fait perdre sa page à la lectrice de Marc…. T’inquiètes pas tu vas retrouver, oh aie, les yeux, je sens que je vais la mettre en colère, elle me dit « mais faite doucement » « quoi doucement » comment voulez vous que je fasse plus doucement, j’y peux rien moi si les wagons ont 1 metre de largeur, faut que j’enlève cette doudoune un point c’est tout… bon ça y est, un bras, l’autre bras attention, non la dame d’en face elle ne va rien dire vu que je lui ai donné de l’eau, mais elle s’est endormie aie, je vais la réveiller faut que je fasse gaffe, attention à trois j’enlève le bas, mais non je plaisante, j’enlève l’autre bras, je me penche, vers ma voisine, je me confonds encore en excuse, mais c’est trop pour elle, ça y est elle m’agresse, alors là je m’énerve il manquait que ça de tout façon, quoi ? qu’est-ce que vous avez hein ? je ne peux pas enlever ma doudoune, zut alors faut pas exagérer, ça va tranquille mémé, t’énerve pas, ça y est je deviens grossière… ça y est du coup j’ai réussi, je ne prends plus de gant, j’ai enlevé ma doudoune, et je l’ai mis sur mes genoux, mais elle dépasse légèrement et viens toucher le bras de l’emmerdeuse, elle repousse ma doudoune, fais gaffe tu la salis, tu vas voir hein !!!!, et on est toutes les deux sur le pied de guerre, la première qui va bouger va en prendre une …. Dans quel monde vivons nous, j’en sais rien, mais on devient dingue dans ce train….

Les portes s’ouvrent, la jeune fille au MP3 se lève, j’avais raison, lycée professionnel, automatiquement c’est la ruée, qui va prendre sa place ? pareil là il y a une sorte de danse, c’est celui qui a vu la place en premier qui doit s’asseoir sinon c’est la guerre…. Non ça se passe calmement, une autre dame s’assoit, un peu forte, cheveux roux avec des boucles, chaussures plates, ah elle est vendeuse, oui vendeuse au Printemps, ou aux Galeries, elle va descendre à Auber…

Les portes se referment et la voix dit qu’on s’arrête pas à Houilles, on le sait tous les matins et tous les soirs c’est le même refrain … on va direct à Nanterre Pref… et là pour moi c’est le drame… je déteste qu’on m’avale et je me fais avaler tous les matins à Nanterre Pref… cette grande gueule qui avale le train comme si Paris avait faim de nous, faim à manger les banlieusards… je sais exactement où le tunnel commence et chaque matin, je ferme les yeux.

… Ca y est, on est dans la gueule de Paris, et jusqu’au bout, on ne reverra pas le jour, La défense beaucoup de gens descendent, c’est le quartier des affaires, ouf on respire, la dame rousse est toujours là, mais ma voisine s’est barrée, tant mieux, personne ne s’asseoit à côté de moi, j’aime mieux je vais pouvoir m’étaler un peu….

Quelle chaleur, … allez on repart, toujours cette torpeur, je déteste les lumières des stations, ces néons, qui arrachent les yeux tout en rendant les gens blafards, on se croirait dans les cabines d’essayage, ah l’horreur, les boutons se dessinent sur la figure de tout le monde, la moindre trace de varicelle se décroche instantanément des fronts ou des joues des gens. Je me dis, le nombre d’enfants qui se sont grattés pendant cette maudite varicelle… moi la première en haut du front. Bon, enfin c’est pas grave, on va retourner dans la gueule toute noire du tunnel, et je pense à ces gars qui ont fait le métro, qui ont creusé, pour que d’autres aillent plus vite travailler, enfin plus vite c’est « vite » dit aussi ça… parce qu’évidemment, en plein milieu le train s’arrête. Alors je plonge dans le journal gratuit que j’ai réussi à choper quand la dame est partie. Je déteste quand ça s’arrête, j’ai l’impression qu’on me prend en otage et qu’on me dit « tiens tu as dit du mal, et bien tu seras punie » voilà .. mon Dieu faites que ça reparte, je me sens mal, j’ai des sueurs froides qui arrivent, ça y est ça coule, j’ai envie de hurler : « ouvrez je veux descendre », mais je ne dis rien, je me tais, je replonge dans le journal gratos qu’on donnent aux pauvres banlieusards, ces pauvres qui n’habitent pas paris, il faut bien leur donner une compensation..je vais faire les mots fléchés : en 8 lettres « chanteuses » va savoir toi chanteuses en 8 lettres, j’en sais rien moi : Sylvie Vartan, Sheila, non trop long ou trop court, en 7 lettres « album en promo », mais il se fiche de nous celui qui fait les mots croisés « on est des banlieusards, pauvres et bêtes », bah oui, mettez nous des mots fléchés force 0, ou moins 1, à cette heure matinale, on n’est pas tout à fait réveillé. Ah ça y est j’en ai un « ville de Normandie » « EU », ce EU est dans tous les mots croisés, fléchés, mélés, c’est le mot par excellence, EU, les habitants de EU s’appellent les EULOIS EULIENS EUREUX … EUX tout court, j’en sais rien et je n’ai rien ici qui me permette de le savoir.. mais dès mon arrivée au bureau, je regarderai, c’est important de le savoir, si ; si… Vive EU, non Vive Nous, mais y a pas de ville qui s’appelle « Nous », EUH…. Nous, Non….

Bon, le train repart, après un message « mesdames, messieurs, nous nous excusons pour ce retard, le train va repartir », Oui, il y a intérêt que le train reparte sinon, je vais mourir ici, moi, je vais me liquéfier, je vais maigrir, remarque ça me ferait pas de mal.

On arrive à « Charles de Gaulle Etoile », là ça descend pas mal aussi, ils ont de la chance ceux qui travaillent dans ce quartier, moi j’y ai travaillé, c’est chouette, quand il fait beau, il y a des belle ballades, l’Arc de triomphe, les champs, mais faut juste de ballader, et surtout ne pas avoir envie de boire quelque chose, à 10 euros le café, on évite quand même.

L’air qui arrive de l’ouverture des portes me fait du bien, je dois retrouver un teint à peu près rose, je souffre depuis le départ de ce manque d’air, de ce manque de place, de ce manque de tout. Je souffre dans ma chair dans mon moral aussi, je sais que demain ça recommencera autrement, mais ça recommencera et rien qu’à cette pensée, je me sens défaillir.. Pourquoi suis-je obligée de supporter cela, pourquoi … parce que j’ai pas eu la chance de naître autre part qu’à Clichy, ah Clichy mon Clichy, ma ville, mes trottoirs, mon enfance, mon école, mes amis… mes frères, mes parents, l’appartement….devant l’église, au 2ème étage, cet appartement que j’ai aimé où j’ai passé toute mon enfance, toute ma vie et que j’ai quitté pour aller vivre avec un « coquin » que j’ai largué 3 ans après, ne pouvant plus supporte son égoïsme.

Oui, pourquoi je ne suis pas née à la campagne, ou à la montagne, non à Clichy, bon enfin ce n’est pas grave, c’est comme cela.

Alors il redémarre ce train, oui ça y est on va s’engager pour Auber, là où un maximum de personnes va descendre car c’est une grande gare de triage, comme les marchandises allez, un à gauche, un à droite, et ceux qui restent vont enfin respirer, vont enfin étendre leurs jambes, et vont enfin être tranquille.

Dans un instant on sera enfin à Gare de Lyon, je descendrai et j’irai travailler, ouf… je vais sortir de cette gueule, sans trop de mal, sans trop de souffrances, mais déjà avec un lourd vécu avant 8 heures du matin, quand je serais dehors, je vais oublier tout ça et vers 16 heures, je vais commencer à y repenser…

Comme tous les matins, si, si, c’est vrai, je m’endors profondément entre auber et Gare de Lyon, je ne sais pas pourquoi, mais d’un seul coup mes paupières deviennent lourdes et au revoir tout le monde c’est fou quand même.

Dans le fond c’est pas si mal, je m’endors en pensant à mon mari et à mes enfants, qui sont partis eux aussi vers leurs destinées, le mari et la fille au travail et le dernier au lycée… c’est bizarre cette vie où on est obligé de se séparer tous les jours alors qu’on a envie d’être ensemble, je nous vois en vacances dans un gite, tranquille, en plein à Luc en Diois, dans cette drôme que je leur ai fait connaître et qu’ils ont aimée. Ce torrent qui m’a vu petite, je voulais aussi qu’ils le connaissent, sauf que maintenant le manque d’eau se fait cruellement ressentir dans cette région et que le torrent de mes 6 ans, est devenu un filet d’eau, et quand je vois ça, je pleure, j’aime cette région au plus profond de mon être, pourquoi ? je ne saurais pas le dire, mais dès que je me retrouve dans ces montagnes, je redeviens vulnérable mais j’ai l’impression qu’elles me protègent aussi. Il y a les vignes qui courent sur les montagnes, les champs de lavande « violet », les tournesols « jaunes et les vignes « vert », un vrai tableau de maître, c’est magnifique pour l’odeur et les yeux, et puis il y a l’accent des gens, la gentillesse, le rire, « Oh vous venez d’où ? Paris, oh la la, vous « eteu presséeuuuuuuu alauuuurs » ? non je ne suis pas pressée, non je ne suis pas speed, je suis tranquille, et je n’ai qu’un désir me perdre dans votre paysage, adieu le béton, bonjour la flore, la faune, c’est bizarre ça sent l’ail, mais il y a des champs d’ail. Le thym dans la montagne, qui sent si bon …

C’est la transhumance, les moutons à perte de vue, les clochettes, s’en vont sur le « glandasse », montagne du Diois,

Je me réveille en sursaut… Châtelet les Halles… encore des gens qui descendent, peu qui montent mais moi je suis dans un demi-sommeil, ou demi réveil je ne sais plus, mais je sais que je vais me rendormir, le train repart et subitement je me retrouve là dans les montagnes, j’aime ce pays où le ciel est bleu bleu bleu sans nuages, sans rien.

Je suis au dessus de ce paysage, et je plonge dedans comme dans une piscine, je me nourris des odeurs, je me nourris de tout mais instinctivement je sais que je vais devoir ouvrir les yeux et retourner dans la dure réalité qu’est la gare de lyon…Voilà j’y suis, je descends moi aussi, j’emprunte les escalators, et enfin je suis sur la place au dehors, tout de suite je regarde le ciel, et les arbres, je vais travailler…..

…. Je bosse, je parle, je mange, je bosse, je parle je pars…j’aime mon travail et les gens qui s’y trouvent, ce sont des ami(e)s plus que des collègues 20 ans que je travaille au même endroit, alors il y a des liens qui se tissent forcément, j’ai des ami(es) proches celle en qui je puise mes forces, mes joies de vivre, celles à qui je dis tout, celles qui me supportent, qui m’aide, que j’aide aussi un peu mais celles sur qui je compte quand tout va bien et quand tout va mal.
……
Et voilà l’heure de la sortie comme dis Sheila… On est vendredi 17 h 30, je range mon bureau, j’éteins l’ordi jusqu’à Lundi, super le week-end, un peu de repos, tranquille….. le téléphone sonne, c’est Nathalie qui prend le même chemin que moi : « Allo oui dans 5 mn en bas », la phrase qui m’annonce la fin de la semaine, « ok », Nath me dit « je te ferais répéter ta scène » (on fait du théatre toute les deux) et à mon âge, faut bien commencer en septembre pour être à peu près sure de ne pas ânonner sur scène en juin, mon copain « Al.. » me guette à tous les coins de ma vie, en ce moment.

Nous partons tranquille sous la pluie (bah oui faut pas rêver), on arrive sur le quai, super « cergy est annoncé », on monte dans le train, et je commence à répéter avec en face Nath qui guette la première syllabe où je vais me tromper … elle a raison, faut que j’apprenne vite.

On passe Châtelet, et à Auber la « VOIX » de la RAPTSTORY …. dit le trafic est interrompu en réseau SNCF à Nanterre université, pour Sartrouville, et Cercy, prendre la correspondance pour St Lazare. On décide de continuer avec le train qui va à St Germain et qui nous déposera à Nanterre U, comme par hasard, on n’est pas les seules à avoir penser la même chose….

On prend le train de St Germain, qui effectivement nous dépose à Nanterre U, et docilement on va sur le quai où aucun train n’est annoncé, la « VOIX » dit « pour Sartrouville et Cergy » aller à Bécon les Bruyères, une correspondance vous emmènera à Cergy. 150.000 personnes se ruent dans le train, je me flanque par terre, je ne vois plus Nath, j’ai le genou qui me fait très mal. Je hurle, j’insulte (comme je sais faire) et j’ai les yeux qui me sortent de la tête tellement je suis en colère.

A Bécon, je récupère Nath et nous attendons. Le train arrive ½ heure plus tard, évidemment les 150.000 personnes sur le quai (les mêmes) se disputent pour rentrer dans le train, avec mon genou en compote, je ne peux pas, c’est pas la peine, je reste sur le quai avec Nath.

On décide de reprendre un train pour Nanterre U. Arrivées à Nanterre U, Nath me dit « on va prendre le train pour Le Vésinet le Pec, il y aura un bus qui nous ramènera à Sartrouville. Ok, moi du moment que je peux m’asseoir, je fonce.

Il est exactement 19 heures (je suis partie depuis 17 H 30), on arrive au Vésinet, le bus tant attendu arrive 3/4 heure plus tard, il est 20 H 15. On le prend, Nath me dit « ouf, je t’emmène à la maison, et je te ramène à Conflans », Oh Merci Nath. On monte dans le Bus, toutes contentes en se disant que bon finalement ça n’a pas été trop dur. MAIS….. sur le trajet, le bus nous dit voilà je m’arrête là et je retourne au Vésinet, on est en pleine campagne, Nath se lève et s’énerve, mais ….. on descend.

Plus de bus, je dis à Nath, écoute, on fait du stop…. Mais les voitures ne s’arrêtent pas, au bout de 10 mn, une voiture de livraison s’arrête avec un jeune, il nous emmène, il livre des repas chauds, mon Dieu, ça sent tellement bon…., il nous arrête environ 1 km plus loin en nous disant qu’il doit tourner… On le remercie très gentiment. On descend, rebelotte on fait du stop, des jeunes s’arrêtent « vous allez où ? » à Sartrou.. 20 euros et on vous emmène »… Là « j’ai dis va jouer …. » et on s’assoit dans un abris bus, il pleut bien évidemment, Nath commence à avoir froid, elle décide d’appeler son papa, entre temps Aref (mon mari) m’appelle et me dit « dis moi où tu es je viens te chercher » et je lui réponds, « je ne sais pas où je suis….en pleine brousse »…
Le papa de Nath nous dit de l’attendre, qu’il va venir nous chercher. 15 minutes plus tard, il arrive « ouf !!! », il nous ramène chez Nath.

Nath prend sa voiture et me ramène à Conflans, sous une pluie battante, j’arrive à la gare de chez moi où j’ai déposé ma voiture le matin, et je rentre chez moi….. Il est exactement 22 H 30. Nath est repartie chez elle, elle va arriver dans 20 minutes environ, et en lui parlant de cela, elle me dit « non tu te trompes », quand je sui partie de Neuville, ily avait un accident, dont je suis rentrée trois quart d’heures plus tard…pauvre Nath…

Voilà, notre joli week-end va commencer. Encore plus fatiguées qu’en début de semaine….

Je sens que je ne vais plus tenir très longtemps à ce rythme, surtout avec ce genou en vrac, j’en ai marre, je ne peux plus tenir ma jambe droite, et dès que je vois ce RER, j’ai envie de lui cracher dessus, tellement il apporte avec lui son lot de gens mesquins, et égoïstes, mais je dois dire que je leur pardonne un peu, vu qu’ils doivent avoir les mêmes sentiments que moi à mon égard. Ils doivent se dire, « tiens encore une qui fait la gueule » . ils ont raison. Quand je me regarde dans la glace, effectivement, j’ai pas l’air drôle, alors je tente un léger relèvement de la lèvre inférieure, mais là c’est pire j’ai l’air d’une gourde. Bon je vais bouquiner, debout plaquée sur la glace, je vais entamer le « énième » bouquin de Marie-Paul Armand qui retrace si bien toute l’histoire du nord depuis les années 1900, en racontant les péripéties de familles de cheminots, de mineurs, de fileurs, de dentelliers, d’instituteurs, de rapièceuses, des gens de la torréfaction de chicorée Leroux, de la misère, mais de l’amour et de la solidarité. Chaque fois que je lis un de ces bouquins, je pense à ma grand-mère qui tirait les chariots dans les mines à 11 ans et je lui pardonne sa sévérité. petite je ne comprenais pourquoi elle avait tant de dureté dans son regard. Il fallait toujours travailler, faire la vaisselle, mettre la table, alors que moi je venais à la campagne pour m’amuser avec mon amie françoise. Ca elle ne voulait pas l’entendre, je la comprends maintenant, mais c’était dur pour moi d’aimer une femme pareille, pourtant à 65 ans, et malgré l’aide financière de mes parents, elle était toujours femme de ménage. Elle ne disait rien, ne se plaignait jamais, mais ses propos étaient emprunts d’amertume et surtout de jalousie vis-à-vis de moi qui avait plus de chance qu’elle, puisque moi j’avais une « enfance ». Ma mère me dira plus tard, qu’elle lui en avait fait baver durant son enfance aussi, et elle aussi, sans le vouloir je suppose, n’a pas été tendre vis à vis de moi. C’est pourquoi aujourd’hui, j’essaye d’aimer le mieux possible mes enfants et chaque fois que je le peux, je leur dis combien je les aime. C’est important pour eux. Le plus gentil mot que mon fils m’ait dit pas plus tard qu’hier est : « je sais Maman, que tu veux le mieux pour nous, et je t’en remercie »… quand il m’a dit ça, j’ai tourné la tête, car j’avais les larmes qui commençaient à perler aux creux de mes yeux…. Pour moi, ce sont deux rois, mes enfants, ils sont vraiment ce que je voulais qu’ils soient. Bien élevés, gentils tolérants prévenants, avec tout le monde…

Je l’aime infiniment, douloureusement, car chaque fois, qu’ils ont mal, j’ai mal, chaque fois, qu’ils pleurent, je pleure, j’aime aussi les « amoureux, et amoureuses » qu’ils ont, car ils ont su trouver des êtres aussi tendres et qui nous ont adoptés tout simplement.

Mais, je m’égare, je pense aussi à mon grand-père qui était tailleurs de pierre et dont je suis fière de dire qu’il a restauré pendant 2 ans toutes les cheminées du château de Chambord, il y en a 365. C’était un homme dur aussi, mais juste, il avait les yeux d’un bleu ciel que ma mère hérité, et que j’ai moi même hérité avec du vert que mon père m’a donné en plus…..

Je ne peux, ici, parler de mes grands-parents paternels, car ma grand-mère n’est pas revenue des camps, et mon grand-père n’a pas voulu nous connaître. Mon père a beaucoup souffert de la disparition de sa mère. Elle était belle, me disait-il, et si ma mère a été élevée dans la pauvreté, lui a connu la richesse, il n’en était pas pour autant mesquin, ou égoïste, bien au contraire, c’est plutôt lui qui était « panier percé », il nous adorait nous ses trois enfants, dès qu’il le pouvait, il s’occupait de nous, je l’aimais très fort, car avec lui j’avais tout, la tendresse, l’amour, il m’a appris les bonnes manières, ce qui m’étonnait toujours c’était de le voir couper et manger une pomme sans jamais mettre ses mains… j’essayais, mais souvent, elle partait dans l’assiette d’à côté…, il avait toujours une bonne blague à raconter, il était le roi de la blague, pas un noël sans « bombe » sur la table de laquelle sortaient des serpentins, des confettis, des masques, des ballons. Longtemps, j’ai continué la tradition pour mes propres enfants, qui avaient eux aussi les yeux pleins d’émerveillement. Mon père c’était celui de Daniel Guichard dans sa chanson « Mon vieux », il était toujours en costume, et même le samedi ou le dimanche il mettait un cravate. Je ne me doutais pas qu’en épousant mon mari, il aurait les mêmes envies. L’envie d’être « beau », l’envie de s’habiller, si je compte aujourd’hui le nombre de chemises et de cravates, de costumes qu’il a, il faudrait que je prenne une calculette…. Je suis sure qu’il en a plus d’une centaine, en tout cas c’est moi qui les repasse….

Mon père, c’était l’amour du travail bien fait, l’amour dans tout les sens, jamais il ne revenait en fin de semaine sans un bouquet de fleurs pour ma mère. Alors nous les enfants, il nous disait de faire pareil au moins une fois par mois, au moment de notre paye… ça me pesait un peu, mais pour lui je le faisais.

Mon père, c’était parfois la tristesse, l’envie de ne rien dire, de ne pas entendre, de ne pas penser à cette « putain de guerre » et à son statut de « juif ». Si je suis vivante aujourd’hui, c’est grace à un garde champêtre qui était venu chez lui pour vérification de papier. Mon père avait de faux papiers « Max Leroux », donné je dis bien donné par le père de Serge KLARSFELD, les papiers donnés étaient de bons faux papiers, mais le garde champêtre a dit à mon père que le « Max Leroux » en question était mort, alors mon père a dit la vérité, et comble de chance, le garde champêtre, faisant de la résistance, a déchiré l’ordre d’intercepter mon père.

Merci Monsieur, sans vous, je ne pourrais pas écrire ce que je vis aujourd’hui. Un jour, j’ai dit à mon père que j’en avais marre de cette famille (mes frères, ma mère), il m’a répondu d’un ton si triste que j’ai regretté mes paroles, « tais-toi, tu ne sais pas ce que c’est qu’une famille disloquée ». La dernière fois qu’il a vu sa mère, c’était à Drancy…elle montait dans une de ces horribles trains pour les camps. Elle s’appelait « Dinah Lévy ».

Alors bien que je ne sois pas juive puisque ma mère ne l’est pas, je porte souvent une étoile de David en son souvenir.

La seule chose sur cette terre qui reste gravé pour l’éternité, c’est son prénom et son nom sur le mur des déportés au mémorial juif de Paris, j’y suis allée, j’ai vu son nom parmi d’autres et quand je suis ressortie de ce mémorial, j’étais tellement triste, j’ai encore la boule, là dans la gorge, pour un nom, on l’a fait disparaître…

Pour finir avec la famille de mon père, il aimait beaucoup la cousine de son père, qui s’appelait Jeanne Epstein. Autant j’avais du mal avec ma grand-mère, autant avec cette femme, c’était un « Amour » avec un grand « A », on l’appelait « cousine Jeanne », et on la vouvoyait, pourquoi je n’en sais rien, car mon père la tutoyait, mais pas ma mère, par respect je pense, je n’en sais rien, mais nous les enfants, on la vouvoyait. Ca l’ennuyait beaucoup, elle aurait aimé qu’on la tutoie, mais on n’y arrivait pas. Elle venait tous les samedis chez nous, elle habitait dans le 19ème au métro « Laumière ». Pendant la guerre elle a souvent été sauvée par la famille « Saupiquet » eh oui, les conserves…Des gens supers simples, je les ai connus.

Cette Cousine Jeanne, c’était un puits de culture, elle connaissait tout, elle nous racontait comment les gens ont fuit devant le premier téléphone, comme était le premier métro, elle avait vu construire la tour Eiffel, elle était de toutes les fêtes chez nous… c’était une petit femme toute maigre qui avait eu une belle vie, elle était allée au Tonquin, ancienne indochine. Elle avait fréquenté les grands de ce monde, Je sais par ma mère qu’elle devait épouser un maradjah, mais qu’elle a refusé. Elle a eu une fille Lucie qui est morte à 20 ans de la tuberculose, je crois. Je n’ai jamais entendu parlé de « mari », et je pense qu’elle était fille mère. Mais on n’en parlait pas, et malheureusement j’ai oublié de demander à mes parents.

Cousine Jeanne, c’était un vrai bonheur, je lui jouais tous les morceaux de piano que j’apprenais et chaque fois, elle me disait que c’était bien, toujours avec la même patience, elle s’asseyait à côté du piano et écoutait gentiment… quel bonheur, quelle chance de l’avoir connue. Elle me racontait que pendant la guerre, elle avait toujours refusé de porter l’Etoile. Elle me disait qu’elle n’avait pas eu peur, et pourtant, vu son physique, elle aurait pu être arrêtée. J’ai chez moi le plus précieux des souvenirs, un plateau d’ébène incrusté de nacre, qu’elle a rapporté d’Indochine, c’est précieux et c’est tout ce qui me reste du côté de la famille Lévy.

Et puis Maman s’en est allée elle aussi, …..(je reprendrais plus tard)