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mes petites histoires

mercredi 30 mars 2011

ARCRIDE LE BAOBAB

ARCRIDE LE BAOBAB


C’est le roi de la brousse. Il est grand, fort, majestueux. Ses branches longues comme des doigts de sorcière et s’étirent le plus possible pour délimiter son territoire. Il semble dire « Ceci m’appartient » et aucune autre espèce se risquerait à s’implanter dans son périmètre car à la belle saison, ils savent bien que ARCRIDE sort ses munitions et distribue des « pains » à la volée.

Pourtant, il est doux, si son écorce est dure, l’intérieur est vide, vide de méchanceté, et même il est fragile, …. Si fragile.

A la fin de l’hivernage, comme à l’accoutumée, les hommes de la brousse nous ont inspectés à l’affut de quelques parasites. Ils sont restés longtemps devant Arcride. Je voyais bien qu’ils étaient inquiets. Ils ont fait le tour, tout en collant leur oreille à son écorce … ils parlaient entre eux, entre les écoutes, j’ai eu soudain l’impression que c’était grave. Comme ils étaient derrière lui, Arcride ne voyait pas leur mine déconfite, mais moi oui… pourtant comme Arcride était en face de moi, je ne devais montrer aucun signe d’inquiétude, alors comme j’avais encore de la sève, je m’évertuais, pour le rassurer, à faire sortir les dernières feuilles de l’année, les plus vertes, les plus luisantes. Ca l’a rassuré.

Plus tard, les hommes sont revenus, Arcride se demandait bien pourquoi ils avaient des appareils bizarres que les hommes mettent devant leurs yeux et qui font des bruits secs et rapides… Clic, Clac… Clic, Clac. Ils n’ont pas arrêté de tourner autour, tout en jouant de leur instrument. Arcride amusé, se gaussait de tant d’attention, il me regardait avec un air bizarre du genre « tu vois moi je les intéresse !!! » Je m’amusais aussi mais quand je voyais ces hommes le palper, l’écouter encore, je me doutais que ce n’était pas pour être à la Une de journaux dédiés à la nature mais que ces photos ou images étaient destinées à des laboratoires spécialisés dans les Baobabs.

Dès lors ils revinrent de plus en plus souvent. Arcride commençait à s’énerver et balançait avec véhémence des pains qui, même s’ils atteignaient les intrus, ne les empêchaient pas de faire leur travail. Ils arrachèrent un morceau d’écorce du haut sous les branches d’Arcride.

Arcride devint triste, il avait mal… saleté de parasite. Les hommes mirent un pansement sur le trou laissé béant, et pour que la sève circule mieux, ils ont planté des tuyaux dans Arcride. Ca lui faisait mal très mal , il devint terne, plus de feuilles, plus de fruits, il pleura par trop de souffrance. Les hommes sont si cruels, leur travail parfois mal fait, les tuyaux, les pansements, les pommades tout devait soulager Arcride et pourtant il souffrait. Je le connaissais depuis si longtemps que je savais ses humeurs, ses joies ses tristesses.

Pendant la saison sèche, mon Arcride a replié ses branches comme pour dire je ne suis plus le roi de la brousse, je ne sers plus à rien, je veux dormir, je ne veux plus de sève, je veux mourir.

Comme un souffle nouveau et devant ce spectacle navrant et triste, je pris sur moi de le ramener à la vie. Comme on m’avait appris, chaque jour je poussais sur mes racines qui étaient amies avec les siennes et au fur et à mesure, à force de se pousser, nos racines se greffèrent les unes aux autres. Nous ne formions plus qu’un. Cela me permit de partager ma sève et de lui donner des forces.

D’ailleurs au fil des mois, les hommes avaient de meilleures mines et mon Baobab aussi.

Ils ont enlevé les tuyaux en plein hivernage, ouf Arcride respirait mieux et son bois se teint d’une belle couleur beige.

Il fit sa toilette, récupéra sa splendeur des temps anciens, déploya à nouveau ses branches. Et ce fut la joie dans la brousse, il plut, nos feuilles s’entremêlèrent, nos fruits commencèrent à pousser, tout était tranquille dans la savane. Au loin on entendait le doux ressac des vagues, quelques singes nous grimpaient dessus, les oiseaux migraient, tous partaient vers le sud, encore plus au sud, certains même traversaient les océans pour aller visiter les contrées lointaines. Je regardais avec nostalgie partir au loin certains d’entre eux que je logeais souvent sur mes branches au temps de la belle saison.

La brousse s’endormait sans bruit seuls les singes nous réveillaient. Quelle tranquillité.

Arcride fatigué par tout ce qui lui était arrivé se reposait et essayait tant bien que mal de revenir au meilleure de sa forme. Je veille toujours sur lui, je le remue un peu de temps en temps, ce parasite est épuisant, il s’endort puis parfois se réveille.

Espérons qu’il s’endorme à jamais….


EPILOGUE

Après de longs mois, le parasite est revenu de plus belle, il a envahit tout l’intérieur d’Arcride, j’ai vu ces branches se fanées petit à petit, et … un jour, à l’aube vers 6 heures du matin, lorsqu’au loin pointe le soleil, Arcride s’est endormi à jamais. Je suis restée seule sans rien pouvoir faire, de loin j’ai pleuré, pleuré, j’ai appelé, je l’ai appelé mais c’était fini, il était mort.